Le retour du doudou prodig(u)e

Il était une fois un doudou rose qui avait beaucoup vécu.

Il avait autrefois été un foulard mais s’était petit à petit métamorphosé en une pauvre chose effilochée qui n’avait plus rien de doux. A force de traîner partout, c’était aussi devenu une arme bactériologique redoutable si on le tenait trop longtemps loin d’une machine à laver. Sa consistance et sa couleur lui avaient valu la dénomination officielle de Doudou Rose Effiloché.

Comme tout doudou qui se respecte, le DRE a fini par se perdre. Ma demi-clone l’amena un matin à l’école et ne le retrouva plus le soir.

C’était la première fois que je voyais Laura à ce point affectée par la perte d’un doudou. Autrefois, lorsqu’un doudou se perdait, il était rapidement remplacé par un autre foulard, plus doux et plus neuf. Cette fois-ci, elle en versait des larmes le soir, à la sortie de l’école (sans doute le moment de la journée où un petit réconfort est le plus utile). Ni le Doudou Bleu, ni le Doudou Lapin, ni aucun autre ersatz, ne pouvaient lui faire oublier le DRE.

Je me suis dit qu’il allait réapparaître rapidement : il ne pouvait être qu’à l’école, et serait rapidement mis par une bonne âme dans la « caisse à doudous« . Mais il n’est pas réapparu.

Jusqu’au soir, environ deux semaines plus tard, où Laura m’a annoncé « une mauvaise nouvelle » (sic) : sa copine Eulalie avait retrouvé son doudou dans un parc situé à environ 500m de l’école et où nous n’avions pas mis les pieds depuis.

J’émis des doutes bien compréhensibles sur l’identité du chiffon retrouvé, qui certes ressemblait à un bout de serpillière et était assurément très effiloché, mais pouvait difficilement être LE Doudou Rose Effiloché (comment serait-il arrivé là ? Comment n’aurait-il pas été jeté par quelque employé municipal depuis tout ce temps?).  D’ailleurs, les couleurs ne me semblaient pas être les mêmes. Assurément, la douleur de la perte affectait Laura, qui croyait voir son DRE chéri dans les haillons les plus pourris. Laura, elle,  soutenait mordicus que c’était Lui, c’était le DRE. J’ai accepté la présence du nouveau venu à contrecœur (fi, double pouah et triple berk. Qu’est-ce que ce bout de tissu inconnu avait été ? A quoi avait-il servi?) et à condition qu’on le passerait un bon coup à la machine avant qu’elle puisse s’en servir.

Un tour de machine plus tard (pratiquement tout seul dans le tambour, cycle spécial avec trempage ET prélavage), les couleurs s’étaient éclaircies. Le bout de tissu était bien rose. A n’en pas douter, c’était bien lui, c’était bien le DRE. Eulalie avait eu un oeil de lynx en le reconnaissant comme tel dans le parc. C’était bien le retour du doudou prodige.

Laura en reprit possession dès la fin du séchage.

Décidément, les doudous de mes demi-clones ont un ange gardien à eux tout seuls…

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