Et piques et repiques

Ce jour là, Psyko était restée à son poste le midi, au lieu de sortir déjeuner. Cela arrive régulièrement à chacune de nous, surtout en cas de grosse charge de travail, et je n’y avais pas prêté attention

Et, vers 15 heures :

« Je pensais que tu partais en pause, parce que tu es restée à travailler ce midi« , a fait mine de s’étonner Binômette

« Qu’est-ce que j’aurais pu faire avec ce temps ? » a répondu, peu amène, Psyko

Là, moi, naïve et surprise, je jette un oeil dehors. On est en octobre, le ciel est bleu et il ne fait pas si froid.
C’est certain maintenant, Psyko n’est réellement jamais contente, ai-je pensé sans surprise excessive.

Djeunette, elle, a relevé, et s’est chargée un peu plus tard de la traduction.

Psyko insinuait par là que Djeunette ne faisait pas sa part du travail : bin oui, les chefs de Djeunette avaient décidé qu’elle ne devrait plus s’occuper du travail de Psyko à sa place. C’est parfois subtil, le management. Depuis, Psyko s’employait à se plaindre (mais en toute perfidie) de sa charge de travail, tout comme Binômette se plaint en douce de la sienne en insinuant que je me tourne les pouces tandis qu’elle est débordée, elle. Incroyable, le nombre de gens mécontents qui se trouvent être débordés (il paraîtrait même que ce sont ceux qui en font le moins qui ont tendance à accuser les autres).

En réalité, la pratique est systématique chez Binômette et fréquente chez Psyko. Il s’agit de lancer une pique en l’air, sans s’adresser à personne en particulier, mais en attaquant en réalité directement quelqu’un qui est là (ou pas, d’ailleurs). Exemple : un « Il y a des baffes qui se perdent » que je n’ai toujours pas très bien compris. Le but est de salir l’image de l’autre, mais sans qu’il puisse réagir, puisque vous ne vous adressez pas directement à lui.

Un autre jour, j’ai levé le nez de mon écran en entendant Binômette siffler violemment à Psyko : « F…s-toi de ma gueule!« . J’ai cru à une altercation entre elles, sauf que Psyko a esquissé un geste apaisant. Ces deux là se retrouvant systématiquement pour des pauses cigarettes et ne manquant pas d’occasions de se parler en privé, je ne peux pas m’empêcher de penser à une mise en scène avec message subliminal.

« Tu n’as pas trop de travail ? a demandé un jour Paolia, une collègue, en passant. Réponse : « Oh, je suis débordée, moi«  avec une accentuation suffisante pour indiquer qu’il y avait baleine sous gravier, mais en faisant en sorte qu’on ne puisse pas réagir, puisqu’elle n’est pas en apparence en train de parler à une autre personne que Paolia. Et si vous réagissiez, elle vous ferait passer, vous, pour une caractérielle qui se sent visée par des réflexions qui ne la concernent pas. Enfin, peut-être pas. CQFD.

« Le père Fouettard va leur apporter du charbon » m’a dit Djeunette en privé.

« A ton avis, est-ce qu’elles dénoncent les gens au Père Noël? » ai-je demandé

« Non : elles attendent qu’il passe à côté d’elles pour se dire très fort l’une à l’autre : Unetelle n’a pas été sage, heinnn?« .

Décidément, on peut faire quelque chose de Djeunette.

Quoi ? Non, moi, c’est différent : je me soucie dès maintenant de ce que vont avoir mes voisines de bureau à Noël, et on m’en voudrait pour ça ?…..

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