To fool or not to fool

Il était une fois Invidia, une jeune femme visiblement stupide, vulgaire, égoïste, méchante et prétentieuse, mais qui se décrivait comme parfaite, physiquement et moralement. Son avatar était un plan rapproché de la générosité de son bonnet D (voire E). Le nom de son blog ? "Parfaite en tous points". Après des billets où le trait de provocation était devenu de plus en plus gros, ce blog a, à ma connaissance, disparu. Je n’ai jamais été sûre à 100% de son inauthenticité. Quelle démangeaison intellectuelle ! J’y étais devenue régulière, même si je m’amusais plus, à la fin, des commentaires qu’Invidia suscitait que du contenu des billets en lui-même.

Dans "Princess Bride", (le livre), William Goldman présente son histoire comme des extraits d’un livre beaucoup plus long -et rasoir!- qui serait essentiellement une satire politique. En somme une intrigue tout à fait secondaire et insignifiante aux yeux de Simon Morgenstern, l’auteur originel. Il nous explique avec moulte détails, tous plus fictifs les uns que les autres, comment il en est arrivé à rédiger cette version "expurgée". Le jeu avec le lecteur, dans ce cas, est patent.

Là où le romancier dit : "Je vais vous raconter une histoire (….quitte à ce que ce soit un peu la mienne)" le bloggeur dit " je vais vous livrer mes pensées (… même si ce sont, au choix et pêle mêle, mes rêves, mes histoires, mes mensonges, mes passions, mes compétences et ma vie)". Autrement exprimé, à mes yeux de néophyte, le romancier est présumé être dans l’imaginaire (même s’il s’inspire de la réalité) et le bloggeur présumé être dans la réalité, même s’il présente son imaginaire comme une réalité.

Je n’ai absolument rien contre l’idée de blogs fictifs ou semi-fictifs (réalité enjolivée…). Les possibilités sont infinies et il serait dommage de s’en priver. Il est de sucroît franchement sain, que ce soit devant une oeuvre littéraire (blog ou autre) ou un site (ou support) journalistique, de pouvoir se questionner sur l’authenticité de ce qu’on lit.

Oui, mais jusqu’où peut-on faire confiance à la clairvoyance d’un public tout en prétendant continuer à le respecter ? Le bloggeur qui provoque joue avec les réactions de ses lecteurs, lesquels peuvent éventuellement réagir légitimement à une situation perçue, au départ, comme réelle. Il ne joue plus avec eux, il se joue d’eux. Et si cela pouvait même parfois conduire à des situations dangereuses ?

 

C’est aussi un jeu parfois , pour des sites d’actualité, de présenter de fausses nouvelles présentées comme vraies. Au lecteur le plaisir du jeu de discerner le vrai du faux… Je vous parle des poissons d’avril, bien sûr, qu’alliez-vous imaginer ?

A partir de quel moment est-il nécessaire de préciser qu’une oeuvre est une oeuvre de fiction lorsqu’elle présente l’apparence de la réalité ?

Jusqu’où peut-on jouer ?

2 commentaires

  1. ralphy dit :

    J’aurais tendance à dire que tant que l’information présentée n’est pas prétendue comme journalistique, et qu’elle respecte le droit des autres, notamment celui de ne pas être diffamé, cela m’importe peu de savoir si un blog est fiction ou réalité. Tant qu’il est tenu correctement, agréable à visiter, parfois même, cette hésitation à dire s’il est vrai ou non, permet d’autant plus de s’y intéresser.

  2. Cinn dit :

    Plus de questions que de réponses

    Ralphy > Certes. Mais toi, tu es un grand garçon non dénué de jugeotte. Il y a plus influençable que toi ou moi. Pour prendre un exemple : le blog de Paquette est pour toi ou moi une lecture anodine, curieuse, intéressante ou agréable. Mais si j’avais une fille adolescente, je n’aurais pas envie qu’elle tombe sur un blog comme celui-ci en se disant « Aïe, j’ai 17 ans et je ne n’ai encore jamais pratiqué de sodomie devant une webcam. Apparemment, ça se fait, donc il faut que je me dépêche si je ne veux pas être à la traîne par rapport aux copines ». (je te fais grâce de mes enfoncements de porte ouverte sur la responsabilité parentale dans ce genre de situation, là n’est pas la question). Ce n’est qu’un exemple je suis certaine qu’il y a nettement plus subversif, glauque ou malsain comme blogs sur le net que celui de Paquette !! Il me semble que le fait de préciser qu’il s’agit d’une fiction peut être un garde-fou dans certains cas. En même temps, c’est moins ludique, c’est vrai… Où tirer un trait entre liberté d’expression et responsabilité de ses écrits ?

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