Bureau d’aide aux racketteurs

Imaginez l’histoire pour enfants suivante. Vous allez me dire si vous la raconteriez à vos tout-petits.

Il était une fois un enfant (appelons-le Boniface) qui s’en allait à l’école, pourvu de tous les signes extérieurs d’un enfant gâté. Les vêtements de marque par ci, les trois bandes par là, le cartable à licence d’un héros de son âge. Bref, il en jette, et il se la pète même un peu.

Un jour, le petit Edmé  lui demande sa trousse LVMH, ou bien ses » chaussures qui respirent ». En disant s’il te plaît, il est vrai.

Boniface refuse : ces affaires là sont à lui.

A partir de ce jour, il est mis au ban de son école. Plus personne n’est son copain, plus personne ne veut jouer avec lui.

Il décide alors d’aller demander conseil à sa maîtresse, ou bien un oncle, bref, quelqu’un de plus sage que lui qui va le conseiller. Et que lui répond l’adulte ?

« Offre à chaque enfant qui te le demande une de tes affaires, et tu retrouveras tes amis« .

Boniface suit le conseil de l’adulte : dès qu’il aperçoit Edmé, il lui offre son chèque de cantine. Très vite, sa stratégie se révèle payante : il est entouré d’enfants qui viennent lui demander, qui une Nike, qui sa ceinture Spiderman, qui son T shirt Disney. Les autres enfants, grands seigneurs, acceptent alors que Boniface revienne jouer avec eux.

Enfin bon, jusqu’à la prochaine fois.

Message subliminal : non seulement il faut partager, mais c’est le prix à payer pour que les autres acceptent que tu fasses partie d’un groupe. Le partage n’est pas la conséquence de l’amitié ou de la camaraderie, c’est sa condition. Sans les possessions que tu peux apporter à l’autre, tu n’as aucun intérêt pour lui.  si tu veux des amis, il faut donc accepter de te faire racketter sans rien demander en échange.

Oui, oui, une histoire pour enfants,qu’on raconterait à des maternelles, en présentant le héros comme généreux et courageux.

Personne ne voit l’anomalie, là ? On voudrait préparer psychologiquement les enfants (gâtés ou non) à se faire racketter qu’on ne s’y prendrait pas autrement. Quel parent accepterait de raconter une histoire pareille à un enfant de maternelle ?

arcencielEt bien, il y  en a plein. C’est exactement l’histoire d’Arc-en-Ciel, le poisson aux écailles brillantes, le « plus beau poisson des océans » : il subit des pressions pour ne pas avoir partagé une écaille brillante et va demander conseil à Octopus, le sage. Une fois qu’il a distribué ses écailles brillantes à tous les poissons qui le lui demandent, ils acceptent de jouer avec lui et deviennent ses « amis ».

Sauvons Arc-en-Ciel, le poisson le plus racketté des océans!

3 commentaires

  1. tchat dit :

    Tu crois que cela est la raison pour laquelle le racket se développe dans les collèges et les lycées ?

  2. Natacha dit :

    C’est amusant de lire ça juste après un article de la Quadrature du Net qui explique à quel point le gouvernement a tort de vouloir réprimer le partage (d’œuvres audiovisuelles).

    Alors finalement, faut-il ou non « vivre le partage » (comme je l’ai si souvent entendu en catéchisme) ?

  3. Cinn dit :

    > Ralphy : Je ne sais pas s’il augmente, mais il paraît qu’il est présent plus tôt qu’avant, pour des enfants plus jeunes qu’avant. La faute à Arc-en-Ciel, certainement.

    > Natacha : Le partage de fichiers comme acte de foi catholique ? Il faut oser, quand même…

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