Voisin, voisine

Il était une fois, au millénaire dernier, un prince charmant qui était parti voir le monde pendant un an (on appelait ça le service militaire).

Sur le chemin du retour, en traversant le royaume voisin, il rencontra une bergère dont il tomba rapidement amoureux. Mais le devoir l’appelait dans son royaume. Il rentra donc chez lui, en promettant de venir voir souvent la bergère.

Heureusement, il suffisait d’un saut de TGV pour arriver chez elle. Pendant quelques mois, ils passèrent presque tous leurs week-ends ensemble, tantôt dans l’un des royaumes, tantôt dans l’autre. Comme ils aimaient bien écrire tous les deux, ils s’écrivaient assez souvent. Il finit même par l’aider à installer Internet chez elle pour passer au mail.

C’était très mignon et un peu triste aussi. Les semaines étaient bien longues l’un sans l’autre, et entre le moment où le prince descendait du blanc destrier TGV (il se mettait près de la locomotive, pour aller plus vite) et le moment où, le dimanche soir, le train s’éloignait au loin avec le prince à son bord, il ne semblait y avoir qu’un éclair, quelques moments précieux passés trop vite.

Il faut dire que cette godiche de bergère avait accepté de garder un troupeau de mouton pendant une partie de son week-end, alors ça n’arrangeait pas les choses. Il y eut rapidement de la démission dans l’air de ce côté là.

Au bout de six mois, la bergère mit toutes ses affaires dans une camionnette de location et tous les deux s’installèrent dans un joli petit château au bord d’un lac.

Ils vécurent heureux pendant quelques mois et n’eurent aucun enfant. Et puis le prince décida que finalement, il avait peur de s’engager trop vite et que la bergère ne lui plaisait finalement pas tant que ça. On en resta là et la bergère rentra dans son royaume. Mais c’est une autre histoire.

A cet époque là, personne n’avait d’attache. Il n’y avait pas de petits princes et princesses en bas âges, pas de prince consort à ménager, et même pas de poste où on se serait suffisamment investi pour que s’en détacher pose un véritable problème.

Mais aujourd’hui ? Certes, la bergère a quelques années de plus, et gérerait sans doute mieux aujourd’hui les périodes « sans ». Mais serait-il bien sage d’engager le même type de relation à distance ? Qui dit garde partagée ou alternée dit très peu de longueur de laisse, très peu de liberté géographique. On n’est plus seule à peser dans son choix de vie.

Ah oui, ce serait nettement plus facile de fréquenter un voisin, un qu’on pourrait emmener au cinéma avant de rentrer chacun chez soi (ou pas) d’un coup de métro. Sinon, bonjour le jonglage entre deux emplois du temps compliqués, et bonjour les explosages de forfait de portable tous les mois. SMS compris. C’est pas une vie, ça.

Et pourtant un jour, un début d’histoire pointe le nez… et on ne ferme pas la porte.

2 commentaires

  1. Jerry dit :

    Oh! il est trop joli ton conte de fées! J’espère qu’il finira bien…

  2. Natacha dit :

    J’ai quand même eu un bol incroyable de tomber sur quelqu’un de super-sensible, super-ouvert, super-rassurant, et en plus très proche géographiquement. En véritable conte de fée quoi \o/ Je ne sais pas du tout comment j’aurais géré un handicap kilométrique, surtout avec mon banquier qui ne doit pas trop m’aimer en ce moment. Je te souhaite plein de courage et plein de bonheur pour cette histoire.

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