Des souris et des décapodes

Elle était recroquevillée sur elle-même, toute seule sur l’immense table. Elle devait être complètement engourdie par le froid et ne bougeait plus. Seuls ses yeux tressaillaient par moments, lorsque l’enfant jouait à lui passer la main devant les yeux ("Regarde ! Il me suit!"). Elle ne réagissait pas non plus lorsqu’on touchait sa carapace glacée, ses pinces et ses pattes restaient repliées sous son ventre, elle qui avait dû être si agile autrefois, quand elle vivait dans l’eau. Cette pauvre dame crabe avait-elle conscience qu’elle était dans un très, très gros pétrin ?

Selon Natacha, les souris peuvent subir un certain nombre de choses douloureuses ou cruelles dans le cadre d’un laboratoire de biologie. Mais rien " qui ne soit pas justifié par un bienfait potentiel beaucoup plus grand pour les humains (sinon c’est interdit)".

Evidemment, c’est assez réconfortant s’agissant d’une expérience de biologie. Mais en matière culinaire ? Tout ce qui vient de la mer est particulièrement mal loti en la matière. Ils sont physiquement très différents de nous, et en plus, ils sont muets. Donc non seulement on s’identifie moins facilement à eux, mais on peut les attraper avec un crochet qui leur écorche la mâchoire, les couper en deux vivants ou les plonger dans l’eau bouillante, sans les entendre crier, ni gémir, ni pleurer.

Quand on plonge quelqu’un dans l’eau bouillante, a t’il atrocement mal ou perd-il conscience immédiatement? Et quand le quelqu’un est un animal à carapace, commence t’il à souffrir uniquement lorsque sa propre carapace commence à le brûler, échauffée peu à peu par l’eau chaude, en commençant par les pattes, là où la carapace est plus fine et la chair certainement très innervée?

Quelques heures plus tard, quand le crabe s’est retrouvé faire partie d’un magnifique (et succulent) plateau de fruits de mer, …je n’ai pas eu envie d’en manger.

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