Relique rouge

Que faites-vous de la petite bande rouge qui entoure certains livres neufs ?

Vous savez, cette petite bandelette lâchement calée autour de la couverture, prête à tomber à tout moment si vous ouvrez le bouquin, et qui vous informe au choix :

  • que l’ouvrage s’est vu décerner le prix Goncourt, Fémina, ou le Grand Prix de la presse charcutière 1997,
  • qu’il y a déjà tout plein d’exemplaires vendus,
  • que des gens très bien se sont exprimés en termes élogieux sur l’ouvrage,
  • parfois pour vous indiquer en plus grosses lettres le nom de l’auteur, des fois que vous ne seriez pas arrivé à le lire sur la couverture,
  • pour vous spoiler quelques mot de l’intrigue pour vous donner l’eau à la bouche,
  • ou pour vous signaler que l’auteur est déjà celui qui a commis un autre livre très très connu : comme ça, ça vous donne envie de lire celui-ci si vous connaissez le premier ;
  • plus subtil : sur un livre à succès qui va marcher de toute façon, on vous indique que l’auteur est le même que celui d’un autre premier bouquin, paru avant mais qui n’a pas eu le même succès (exemple : "Le Seigneur des Anneaux ! Par l’auteur de Songs for the Philologists"! ou "Jane Eyre!, par l’auteur de The Professor"!)

On est bien d’accord. La petite bandelette de papier rouge sert à vendre le livre. Ou d’autres.

Qu’en faire une fois cette fonction remplie?

La jeter ? Malheureux !!!! Dans la famille où a été élevée Cinn, les livres, tous les livres, et rien que les livres, font l’objet d’une protection quasi-mystique contre le jetage à la benne On peut jeter des magazines ou des journaux à la pelle, mais le plus modeste roman de gare, le plus humble polar, le plus obsolète des livres de collège, doivent être conservés ad vitam eternam, même dans une caisse au fond d’un grenier. Même si on ne les relit jamais. On peut, à l’extrême rigueur, en faire don aux oeuvres, mais on ne le jette jamais. Les oubliettes, oui, la boîte à ordure, onques. Et si j’approche une bandelette rouge d’une poubelle, j’ai l’impression de commettre un sacrilège. Car elle fait partie du livre. C’est un "livre par destination".

La garder pieusement autour du livre pendant la lecture ? Certes, vous maintenez l’intégrité de la présentation de l’ouvrage, mais vous passez votre temps à rattraper les languettes qui tombent. C’est très agaçant.

La plier en deux et s’en servir comme marque-page ? J’ai cru que c’était une bonne idée mais en fait ce n’est pas pratique non plus. Un marque-page de qualité, c’est rigide et pratique à déplacer. La bandelette rouge, elle fout le camp et se déplie en permanence.

La laisser à la maison, sur une étagère, pour qu’elle puisse chauffer la place pour le livre lorsqu’il sera terminé et rejoindre celui qu’elle n’aurait jamais dû quitter?… Mais cela nécessite toute une organisation, est-ce bien pour moi ?…

Voilà pourquoi la plupart des livres de ma bibliothèque qui arboraient une bande rouge à l’achat, la portent encore aujourd’hui.

Hier, j’ai réussi à en jeter une. C’est un progrès, je pense.

6 commentaires

  1. Natacha dit :

    C’est un peu comme ça dans ma famille aussi. Enfin, au moins mon père et moi, je ne suis pas tout à fait sûre pour les autres. Mon père a récupéré tous les livres de feu ma grand’mère, parce que ses frères et soeurs voulaient simplement tout jeter brutalement, mais il n’avait pas le coeur à les laisser faire. Même le « manuel de la parfaite femme » (ou quelque chose comme ça) du milieu des années 1950 n’était pas jetable (il vaut mieux en rire et en sortir quelques perles). Par contre mon père est aussi attristé par les livres aux oubliettes, il préfère les donner, « parce qu’il faut qu’un livre vive ». Je me souviens au collège j’avais un prof’ d’histoire-géo’ qui sciait des livres, parce que la moitié c’est moins lourd à transporter, et qui entourait ou soulignait des trucs et griffonait au stylo-bille dessus… Je serais totalement incapable de faire ça, je culpabilise à la moindre corne, et quand vraiment on me met la pression pour écrire quelque chose dedans, c’est au crayon à papier tout léger. Par contre je pense que je serais sans pitié vis-à-vis de cette bande rouge. Même si je n’y ai jamais été confrontée, je pense que je ne la ressentirais pas comme une partie du livre, mais plutôt comme un parasite qui porte atteinte à l’intégrité dudit livre (oui, j’ai des tendances antipub aussi).

  2. ralphy dit :

    J’avoue que le dernier livre que j’ai pu lire et qui a porté la relique rouge remonte à… euh… j’avoue que je ne m’en souviens même plus. D’ailleurs, le dernier livre (hors format de poche) que j’ai dû acheter ne devait même pas en porter. Autre point : le peu de temps que je passais à lire, à une époque, ou encore à regarder la télévision, est de plus en plus consacré à Internet. J’ai l’impression que les livres ont eux aussi tout intérêt à considérer Internet pour toucher un public plus large que celui qui fréquente les librairies…

  3. Fabre dit :

    Moi je les entasse dans un coin et je les jette à la Saint-Glinglin.

  4. ADdikt dit :

    je ne suis pas d’accord sur le fait que le livre doive s’ouvrir au web pour exister peut-être bien pour la promotion, les forums… mais lire un livre papier restera toujours un plaisir à part enfin ce n est que mon avis

  5. Jerry dit :

    Attends, je vérifie…

    Alors je confirme: sur les deux derniers en date (Les Bienveillantes et L’Elegance du hérisson, pour leur faire un peu de pub, le second surtout vaut la peine), la bande rouge a fini à la poubelle. Et comme les bouquins, je les prête beaucoup, ils finissent de toutes façons en mauvais état. Les bienveillantes, par exemple, on voit qu’il a connu les horreurs de la guerre. Mais j’aime bien, c’est comme un homme avec des rides, on voit qu’il a vécu.

  6. Cinn dit :

    > Natacha : Je VEUX des perles du Manuel de la Parfaite Epouse !… > Jerry : entièrement d’accord sur le fait qu’un livre en bon état, c’est joli, mais un livre usé, qui a « vécu », c’est un livre qu’on a aimé, lu, relu… donc pas un livre triste. > Ralphy, ADdikt : Un livre virtuel, c’est quand même moins facile à feuilleter et moins pratique à bouquiner au lit, ou debout dans un métro, ou en faisant la queue etc… > Fabre : je suis curieuse de savoir à quoi peut bien ressembler ce « coin » où tu jettes les bandes rouges en attendant de les jeter ? 🙂

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