Prévention routière

Il y a des fois où j’aime bien que l’école soit là. Après tout, qui d’autre supporterait mes demi-clones gratuitement, une bonne dizaine d’heures par jour pendant que je ma coule douce au bureau?… et puis des fois, je trouve qu’elle est un chouïa déconnectée des réalités. Allez, on va le dire : ils font un peu suer.

Regardez l’autre soir, par exemple. Je sortais tout juste de l’auguste établissement, et je m’apprêtais à regagner mes pénates avec mes héritiers, avec la prestance qui me caractérise (traduction : on ne traîne pas, les jours d’école, c’est toujours un peu la course le soir).

J’ai traversé la rue. Gravissime erreur diplomatique.

Raphaël s’est mis à chouiner :je ne l’avais pas bien fait.

Il faut dire que depuis quelque temps, il y a un atelier « prévention routière » à l’école. Les enfant sont incités à apprendre quelques règles de prudence de base, et se voient délivrer un « permis piéton » à la fin du stage, s’ils ont bien écouté le gentil gendarme.

Désormais, sachez, pauvres manants, que votre manière de traverser en jetant vaguement un regard sur la route déserte, est tout à fait inappropriée.

Il vous faut désormais :

– vous arrêter loin du bord de la route (donc, si une voiture s’est garée juste à côté, vous ne voyez RIEN de ce qui se passe dans la rue. Alors qu’on pourrait prendre exemple sur l’audace mesurée du piéton parisien, qui avance la tête un peu plus loin, pour gagner en visibilité sans se faire massacrer, en se servant des voitures immobilisées comme de silencieux boucliers).

– … en donnant à l’enfant la main gauche, de manière à ce qu’il se trouve à votre gauche et puisse avoir une parfaite vision de ce qui se passe à sa gauche (cela va sans dire, si vous avez deux, voire trois enfants, et que vous êtes seule, vous l’avez dans l’os. Vous n’aviez qu’à avoir plusieurs mains gauches).

– écouter les bruits de la rue : ah, ça c’est sûr, ça met fin au problème de visibilité évoqué ci-dessus. On ne voit plus les autos, mais on les entend venir. Bien joué.

– Enfin, on traverse rapidement, mais sans courir, en continuant à regarder à droite et à gauche alternativement (personne ne leur a dit que si on laissait tomber son doudou ou son dessin, il ne fallait pas s’arrêter brutalement et sans préavis au milieu de la route sans vérifier si un 4X4 arrivait droit sur vous. A mon avis, c’était urgent aussi).

Bref, on a dix fois le temps de se faire écraser, avec la méthode de l’école maternelle.

Dites moi, pourquoi j’emmène mes enfants à l’école ? Est-ce que c’est pour me faire critiquer constamment, moi qui ai survécu des années en ville sans (encore) me faire renverser? Moi qui ose parfois braver le petit bonhomme rouge, mettre ma vie en danger pour faire respecter le Code de la Route, moi qui connais par coeur le Code de la Route urbain ?

En plus, maintenant, quand on se ballade avec Tata, elle insiste pour qu’on s’arrête quand le petit bonhomme est rouge.  Mais où va t’on ??

7 commentaires

  1. Jerry dit :

    Tiens tiens… C’est drôle, ça me rappelle la Cinn d’il y a quelques semaines, faisant remarquer au petit Raphaël qu’il n’avait pas vraiment regardé avant de traverser.
    Ah, c’est l’ennui avec les enfants : on essaye de leur donner de bons conseils, et ils finissent toujours par faire du zèle.

  2. Tata dit :

    Une vision différente du temps…
    C’est vrai, la dernière fois qu’on s’est vues, j’ai insisté pour attendre le bonhomme vert avant de traverser. J’ai surtout appris à ne pas tomber dans le piège pourtant tentant : le bonhomme est rouge, donc on va traverser la rue qui est perpendiculaire en attendant (ça nous fera gagner du temps). Le temps de dire à Raphaël et Laura d’aller de l’autre côté, de récupérer les ballons dont le fil s’est enroulé autour du poteau, les doudous tombés pendant le déroulage du fil, paf le bonhomme de l’autre rue est passé rouge aussi… Ca peut se passer deux ou trois fois à la suite. Fascinant ! Le petit kilomètre qui sépare mon appart’ du parc ne m’a jamais paru aussi long !
    Bon, il suffit juste de prendre un peu de recul. Certes on a mis deux fois plus de temps que d’habitude, mais au fond ça fait un quart d’heure de plus passé au grand air avec ces charmants bout’chous :o)

  3. Letesle dit :

    Sur la photo, tu remarqueras que la personne donne la main DROITE à l’enfant ! Il faut qu’ils changent les panneaux d’urgence !

  4. ralphy dit :

    @Tata : Ce que j’ai appris avec mon propre papa, quand il s’occupe d’enfants : il perd très, trèèèèès vite patience. Et pour cause : tout comme toi, il ne voit que l’objectif à atteindre, en l’occurrence quand il va au parc, l’objectif est le parc. Pour les enfants, en particulier les enfants en bas âge, l’objectif est trop abstrait. Ce dont ils ont besoin, c’est de trouver leurs jouets, de s’habiller, de sortir, de traverser la rue, de marcher uniquement sur les dalles pleines du trottoir en évitant les lignes, s’arrêter au feu, attendre le bonhomme vert, dire qu’il est vert, s’arrêter en plein milieu de la rue, dire que le bonhomme est rouge, protester qu’on les tire de force pour atteindre le trottoir, arriver au parc et pleurnicher parce que ce ne sont pas eux qui ont ouvert le portail, courir jusqu’aux jeux, jouer, se faire remarquer, jouer encore, pleurnicher quand c’est la fin, etc.Comprendre que chaque moment a besoin d’être un jeu amusant pour l’enfant permet de gagner un temps monstrueux, d’une part, et de passer des moments calmes et joyeux avec ses nièces, neveux, enfants, petits enfants, d’autre part. Et on se moque de savoir si on n’a passé que cinq minutes au parc sur les deux heures passées dehors !

  5. ralphy dit :

    @Letesle : Tu dis ça parce que tu considères que le panneau montre une maman et un enfant de face. Imagine-les de dos, maintenant. 😛

  6. Letesle dit :

    @Ralphy : si je les imagine de dos je me dis qu’elles ont un grave handicap aux jambes…

  7. Tata dit :

    @Ralphy : on est tout-à-fait d’accord ! (sauf que je n’ai jamais dit que je ne voyais que l’objectif à atteindre…)

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