La tierce

Par où commencer ? Comment te dire les choses en te parlant vrai, mais sans te heurter ? Tu es si jeune encore. Et pourtant, c’est important de trouver les mots justes, de t’expliquer les choses.

Viens par là mon petit, il va falloir qu’on ait une petite discussion tous les deux. Enfin, c’est surtout moi qui vais parler en fait. Toi, t’as pas intérêt à l’ouvrir parce que tu commences à me les briser sévère.

Voilà.

Je sais bien que ton papa et toi avez une relation particulière, privilégiée. Tous ces jeux que vous partagez, toutes ces photos prises ensemble, ces souvenirs que tu gardes si précieusement, ces constructions et projets de toutes sortes. Je sais que tu l’aides même parfois pour son travail malgré ton jeune âge, ne le nie pas. Que tu sers souvent de messager quand ses amis ont quelque chose à lui dire. C’est bien simple : tu as appris tout jeune à le suivre partout, tu es de presque toutes ses sorties.

Je crois qu’il est fier de toi. D’ailleurs, moi aussi je me suis habituée à toi et j’ai appris à t’apprécier.

Encore une fois, tous ces moments de bonheur, ces contacts privilégiés, je ne veux pas les remettre en cause, même si tu me perçois peut-être comme une intruse qui débarque dans ton existence et qui essaye de te piquer ta place de préféré.

Et ben voilà, en fait c’est un peu vrai : il va falloir apprendre à me laisser un peu de place. Ton papa, je ne le vois pas souvent, alors que toi, c’est presque tous les jours. Alors il faudrait que tu comprennes que parfois, il faut que tu te tiennes à l’écart pour nous laisser un peu d’intimité tous les deux, un peu d’espace. Il y a un temps pour tout. Il est bon pour l’un et pour l’autre que nous passions du temps ensemble, sans toi. Bref, il va falloir que tu nous lâches un peu la grappe.

Que tu nous accompagnes pendant les repas, passe encore : tu te tiens bien, tu es très sage. Mais je pense que tu es assez grand pour dormir tout seul, et pas au pied de notre lit.

Mince, quoi, tu ne peux pas apprendre à t’occuper un peu tout seul, avec tout ce qu’il t’a appris ? Non ?…. Non mais c’est inouï cette dépendance continuelle à un plus grand ! Pauvre tache !!  Incapable de s’occuper de soi ! A te voir, à ta tête de petit bonhomme lisse et irréprochable, on te donnerait le bon Dieu sans confession, on te prendrait pour un petit génie, mais en fait tu es un pauvre minable incapable de se distraire tout seul ! Trois baffes, oui ! …

Et bien c’est pas grave, figure-toi, si tu veux tout savoir, ça m’est complètement indifférent ce que tu en penses. On te laissera tout seul dans un coin, et tu attendras qu’on revienne te détacher du mur. Un point c’est tout. Chtalalak, bien fait.

C’est quand même pas un ordinateur portable qui va faire la loi, non ?

 

(Oui, je sais, il y a une toute petite dose de mauvaise foi dans cette note. On pourrait même dire que c’est l’hôpital qui se fiche de la charité. Et après ?…)

1 commentaire

  1. iBook G4 dit :

    Si tu savais…

    …comment il me traite ! Comment peux-tu jalouser notre relation maître-esclave ? Certes il me tripote plus souvent qu’à mon tour mais lui ai-je demandé ? L’ai-je aguiché ? Lui ai-je adressé quelque oeillade pleine de promesses ? Ma vie est un enfer ! Alors que d’autres se glissent le soir dans de somptueuses housses, bordés, éteints, filant vers un repos mérité dans une nuit noire où nul bit ne scintille, il m’interdit de dormir tout à fait, laissant pulser mon voyant de veille. Je dois être prêt. A quoi je te le demande ! Un calcul numérique d’intégrale qui lui viendrait comme une envie de pisser ? Une vérification rapide de la boîte mail des fois qu’un spam lui donne des informations de première main sur des pillules de C!@LiS ? Veinarde va ! Plains moi plutôt ! Il te laisse dormir toi ! Non ?

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