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Fourmilière Inc. est une grande famille où il fait bon travailler, je crois.

Au quotidien, vous avez, gratuitement et à volonté, café, thé, sodas, jus de fruits, biscuits, et autres amuse-gueules. Vous avez un comité d’entreprise très généreux, des tickets resto, une mutuelle qui, pour un prix dérisoire financé à 50% par votre communauté, vous rembourse vos séances de sophrologie et vos implants péniens. vespoideaVous êtes bien payé, évidemment.

Chez Fourmilière Inc., vous n’êtes jamais seule. Quand vous arrivez chez Fourmilière Inc., vous êtes accompagné et formé à votre tâche par d’autres petites fourmis besogneuses.
Vous êtes le petit maillon d’une grande chaîne. Vous n’aurez pas forcément besoin de comprendre ce que vous faites, il vous suffira d’être là et de faire votre travail. Si vous avez un pépin, vous serez remplacé en moins de deux heures par une autre petite fourmi.

Vous ne ferez pas grand chose de vos petites mains. Vous savez classer un document ? Désormais, le service classement s’en chargera, muni du formulaire que vous lui aurez rempli. Vous envoyiez des fax? Vous organisiez des voyages ? Vous vous faisiez votre café ? Vous vous adresserez désormais au service fax, au service voyages et au service café. Bref, vous serez très efficace sur votre travail de fourmi, sans perdre du temps à faire les fourmiseries des autres.

Quand vous aurez fait vos preuves, au bout d’un an ou deux (oui, même si vous avez dix ans d’expérience, votre vie commencera à zéro chez Fourmilière Inc.), vous pourrez envisager de saisir au vol d’autres fourmiseries qui se présenteraient. Il y a beaucoup de souplesse dans l’organisation de la colonie. Oui, ce qu’il y a de beau, c’est qu’à force de changer de fourmiseries, tout doucement, vous pourrez arriver très haut dans la hiérarchie. Vous pouvez être standardiste à votre arrivée et comptable vingt ans plus tard.

Oui, on ne peut pas dire qu’il n’y avait pas de côtés séduisants à travailler chez Fourmilière Inc. Mais en y réfléchissant, c’était aussi aux antipodes de ce dont j’avais envie au départ.

Alors, j’ai eu des fourmis dans les jambes.

4 commentaires

  1. Letesle dit :

    Brillant ! J’adore !

  2. ralphy dit :

    Il faut dire que bon nombre d’employés ne cherchent pas à changer de poste, préférant garder le leur du début à la fin de leur carrière, sans chercher à obtenir de l’avancement. Certains s’en contentent naturellement, sans rien dire, alors que d’autres s’en contentent tout en protestant, histoire de sauver les apparences. Et d’ailleurs, heureusement !

    Oui, heureusement que tout le monde n’aspire pas à changer de métier, à défaut de quoi on passerait notre temps en formation, ou encore à tenter de faire face au turn-over que cela implique. Heureusement, chacun n’aspire pas à devenir chef, à défaut de quoi on n’aurait plus d’exécutants.

    Mais voilà, il y a aussi ceux qui ont des « objectifs de carrière », comme on dit. Et mine de rien, ceux-là ne se contentent pas de stagner. Il faut qu’ils bougent, ou du moins, qu’ils aient la possibilité de bouger. S’ils le voulaient… ou pas. 🙂

  3. Cinn dit :

    > Ralphy : mais changer de métier ne veut pas dire forcément devenir chef ! Si j’avais fait un bilan de compétence et que j’étais arrivée à un projet tout différent de ma carrière actuelle, je serais repartie à zéro côté expérience, et probablement salaire.

    De nombreux métiers n’impliquent pas forcément de l’ « avancement » et ont néanmoins un sens. Mais la formation continue, elle, est un droit, objectifs de carrière ou pas !

  4. ralphy dit :

    @Cinn : Tu as raison. On dirait qu’en dehors de mes propres objectifs de carrière, ceux des autres me paraissent difficiles à comprendre !…

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