Two to go

Tiens, ça faisait longtemps que l’un de mes poissons n’était pas passé de vie à trépas.

Rappelez-vous. Séquence nostalgie.

Le dernier en date, c’était celui qui avait tenté de s’évader en passant par le trop-plein du lavabo. Souvenez-vous, j’avais été obligé de le dissoudre. Un passage dans l’au-delà certes très glauque mais qui avait eu le mérite de faire dans la pudeur et dans la suggestion (bon, je vous préviens, cette fois ci ça a été plus trash, donc âmes sensibles s’abstenir. Moi, j’ai déjà eu du mal).

Ensuite, donc, mes carassius auratus ont failli mourir d’asphyxie après une absence d’une semaine mais s’étaient miraculeusement rétablis dès l’eau du bocal changée.

Or donc.

J’ai déjà entendu parler d’histoires de poissons qui sautent de leur bocal, mais les miens ne m’avaient jamais fait le coup. Pas encore.

Un beau jour, en passant devant le bocal, je me suis rendue compte que quelque chose n’allait pas. J’avais l’habitude d’y voir trois poissons (voire plus, si les reflets y mettaient du leur), et je n’en voyais plus que deux. Revérification : je compte bien deux poissons. Argh.

Mon esprit s’est mis à fonctionner à une vitesse folle. Trois moins deux égale un. Il y a donc un poisson égaré quelque part. S’il n’est pas dans le bocal, c’est qu’il est en dehors de l’eau. S’il est en dehors de l’eau, c’est qu’il n’a pas pu aller bien loin.Et s’il est en dehors de l’eau, ça n’a pas dû être bon pour sa santé.

Maintenant que j’y pense, hier tard dans la soirée, j’ai entendu comme un glougloutement bizarre du côté du bocal.

Il fallait regarder la réalité en face : il y avait quelque part un poisson mort dans ma salle à manger. Courage, ma fille, il va falloir être forte et le récupérer pour s’en débarrasser. Tu peux le faire. Gloups.

Je l’ai retrouvé presque immédiatement, en bas du buffet d’où il était tombé.

Il n’était pas mort.

Non, Madame!

Il avait une drôle de couleur rouge foncé, sa peau était visiblement desséchée, mais il n’était pas mort, au moins l’une de ses ouïes palpitait encore. Sa queue, recroquevillée sur le côté, me paraissait rigide, mais il respirait encore, c’était certain.

Bon sang, mais ça peut survivre longtemps comme ça, un poisson hors de l’eau ? Comment a t’il pu arriver dans cet état là sans mourir avant ?

L’épisode précédent m’interdisait de perdre espoir. Je l’ai mis dans l’eau. L’eau, c’est la vie, à ce qu’on dit. Gardons espoir.

Il a rapidement recouvré l’usage… heu,l’usage d’une nageoire. J’ai préféré le séparer des autres, le temps qu’il se remette (j’avais gardé espoir, je vous dis, heu!).Vu l’odeur, vu la substance blanche dont commençait à se couvrir le bout de sa nageoire caudale, je pense a posteriori que c’était une sage décision. Oui, mais je gardais espoir. L’espoir fait vivre.

La pauvre bête a survécu environ un jour de plus avant de ne plus réagir du tout. L’espoir fait vivre, mais pas si longtemps que ça.

Bravo Cinn. Sous vos applaudissements, votre héroïne a sans doute prolongé une atroce agonie. Peut-être qu’elle a forcé à revenir à la conscience une pauvre bestiole en coma dépassé qui ne demandait qu’à en finir au plus vite. Peut-être que grâce à moi, ses dernières heures ont consisté à sentir son corps se décomposer, tout en étant de temps en temps dérangé par des humains qui venaient voir périodiquement si sa nageoire continuait à réagir, dans un dérisoire réflexe de fuite, quand on soufflait sur l’eau.  Une mort dans la peur et dans la souffrance, voilà ce que tu lui as donné. Félicitations.

Mes poissons ont décidément un karma pourri.

2 commentaires

  1. ralphy dit :

    Il faudrait définitivement te retirer ta licence de tuer.

  2. Cinn dit :

    Mais j’ai rien fait ! Je suis innocente.

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