Pharaonique

Il faut que le monde sache.

C’est un piège ignoble.

Ce soir là, j’ai quitté le travail toute guillerette. En partie parce que Binômette est en vacances, mais en partie seulement (je vous raconterai, si vous êtes sages).  Comme il faisait beau et que j’en avais assez de ne pas savoir comment m’habiller le matin, j’ai décidé de faire un petit détour vers un petit magasin de vêtements dont j’aime bien la vitrine, mais où je n’ai jamais le temps de m’arrêter. Mes demi-clones étant en vacances avec leur papa, j’avais tout le temps.

Donc j’entre, me choisis une ou deux robes, et entre en cabine d’essayage.

J’avais mis le doigt dans un engrenage machiavélique.

Car ce magasin est maudit, c’est un complot, c’est un sabotage : quasiment tout me va.

Selon des statistiques réalisées scientifiquement par une observatrice autorisée, dans un magasin moyen :

  • 11,8% des vêtements essayés sont coupés bizarrement,
  • 65,9% me donnent l’air d’une baleine,
  • 23,2% me donnent l’air d’une naine,
  • 17% sont trop longs,
  • 5,3% ont l’air pas mal, mais ont un petit défaut qui se verra tout de suite (manches qui baîllent, haut d’une robe qui boudine les seins, etc.),
  • 3,2% sont pas mal du tout et me donnent plutôt envie de les acheter, et
  • 1,102% me donnent la sensation que si je ne les ramène pas à la maison, je le regretterai toute ma vie.

Dès lors, dans une cabine d’essayage, et dans un souci de méthode, on peut facilement classer les vêtements essayés en plusieurs piles :  Ainsi, le tas de « oui« , et de « peut-être » sont  habituellement bien plus petits que le tas de « jamais de la vie, même pas en rêve, hors de ma vue, haillon gluant ».

Là, environ 95% des vêtements essayés entraient dans la dernière catégorie.
Les autres étaient dans l’avant-dernière, et ont donc été impitoyablement écartés de mon choix.

Dans la cabine d’essayage, le tas de « oui » s’arrondissait, alors que je ramenais quelques « non » à la vendeuse, qui, la diablesse, me proposait en outre d’autres choses « jolies aussi« .

L’essayage des robes terminé, emportée par mon élan, j’ai décidé d’essayer quelques tops et vestes. A ce stade, la vendeuse, voyant que j’étais partie en roue libre, en mode autonome, s’est bien gardée d’intervenir. Elle devait avoir peur de m’interrompre, et aussi me prendre pour une folle. Et c’est ainsi que je suis finalement arrivée à la caisse avec une masse informe de tissus et de cintres comme je n’en avais jamais ramené en une seule fois à une caisse.

J’ai changé d’avis juste avant de payer, pour essayer une robe de plus (celle en vitrine, là, avec les motifs de celle dont la couleur n’allait pas tout à l’heure, mais d’une autre couleur).

J’ai aussi changé d’avis après avoir payé, parce que  l’appareil à carte a mis un temps infini à obtenir l’autorisation de la banque, et que pendant ce temps là, je me suis aperçue qu’il y avait là un top encore plus joli que ceux que j’avais déjà.

Bref, je suis revenue chez moi ravie, traînant derrière moi une lourde masse de vêtements telle l’homme de Cro-Magnon ramenant à sa caverne un mammouth en le traînant par la queue.  Jusqu’ici, je ne regrette rien.

Ne jamais faire de shopping quand je suis de trop bonne humeur.
Ne jamais revenir dans ce magasin démoniaque.

Ou alors juste un petit peu, la prochaine fois que j’ai besoin d’une autre (garde-)robe.

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