Et tout au fond de notre coeur, ces mots sont écrits à la craie

Cette année, l’école de Raphaël n’a pas seulement fait une kermesse : il y a aussi eu une magnifique chorale.

Avec un piège à maîtresse à la fin.

C’était très joli, cette chorale. Imaginez deux séries de rangées de chaises, face à face. Sur les unes, prennent place l’intégralité des enfants de l’école, avec des T shirt de couleur, une couleur par niveau. En face, leurs parents (il y avait à peu près autant de chaises de part et d’autre, donc avec une moyenne de deux parents par enfant, ça ne pouvait pas coller. On conseillait aux parents d’amener leur chaise).

Au bout de six ou sept chansons, la directrice prend la parole pour faire un petit point sur l’année qui se termine. Elle déplore notamment avec bonhommie cette traîtrise qu’est le départ de deux des maîtresses : Madame Armande, qui part rejoindre son amoureux, et Madame Philaminte, qui part en retraite (« Moi, je suis d’accord avec notre Président, il faut travailler plus longtemps!).

« Madame Armande, il y a une petite surprise pour vous…. »

Six ou sept élèves de Madame Armande se sont avancées, et lui ont chanté une chanson personnalisée. Elle était toute émue.

Tellement émue que quand ça s’est terminée, elle s’est tournée vers Madame Philaminte avec un demi-sourire narquois qui n’annonçait rien de bon :

« Tiens, tu m’as prévu quelque chose, et bien moi aussi je vais te faire pleurer! »

Et là, c’était du lourd.

Madame Philaminte, au crépuscule de sa carrière, après des années passées dans la même école, a vu s’avancer ses élèves, qui tenaient chacun une rose à la main. Dieu sait comment Madame Armande s’est débrouillée pour faire passer ces roses dans les rangs sans que sa collègue s’en aperçoive.

Et là, en musique, Le coup de grâce (immortalisé tant bien que mal sur Iphone. Le son est mauvais, mais ça donne une petite idée).

Pendant que Madame Philaminte écoutait son adieu (elle était donc dos au « public » et face aux derniers élèves de sa carrière), les autres installaient discrètement derrière elle une table, une nappe et une chaise.

Dès la chanson terminée, on assied la pauvre maîtresse au bord des larmes sur la chaise. Un écolier lui apporte sur un plateau deux boîtes de mouchoirs. Et arrivent ses cadeaux : en plus des roses, un tableau signé par tous les enfants de sa classe, un énorme gâteau au chocolat apporté par deux porteurs sur une planche, à l’ancienne, un jeune olivier en pot (« j’espère que ta voiture est une décapotable, Madame Philaminte« ). Évidemment, Madame Armande a eu ses cadeaux elle aussi.

Madame Philaminte doit prendre la parole et a quelques mots émus sur comme elle s’est sentie bien à l’école et comme elle lui manquera. Puis elle s’interrompt, car elle comprend qu’elle ne pourra plus parler bien longtemps.

Madame Armande  savoure son triomphe, car visiblement, Madame Philaminte ne se doutait de rien (mais où a t’elle trouvé le temps de faire répéter les élèves de sa collègue?).C’est sournois, une maîtresse.

Moi qui ne la connaissais même pas, j’ai écrasé une larme. Mais à deux pas de là, Raphaël, lui, amusait la galerie en faisant semblant de pleurnicher.

Leave a comment

Les commentaires sont fermés.