L-l-l-l-l-lex et l’ort-t-t-t-t-t-thophoniste

Ce n’est pas toujours la même personne qui accompagne Raphaël chez l’orthophoniste (en général ça se passe pile au milieu de ma journée de travail, et je ne peux pas décemment faire l’aller et retour). Souvent, c’est ma mère, mais la vie d’une jeune retraitée est pleine d’obligations de toute sorte (conférences, amies à voir, jeunes mères à visiter, croisière, vacances au soleil…). Les grand-mères ne sont plus ce qu’elles étaient, c’est sûr. Donc il y a eu moi, et aussi mon papa, et dernièrement, pour la première fois, Lex et moi ensemble. DebutComme elle l’a fait à chaque accompagnateur nouveau, la praticienne a passé beaucoup de temps à discuter avec Lex, notamment dans un but pédagogique (voir mon billet précédent). Et moi qui (depuis peu) ne savais pas que Lex était bègue (encore une fois, il "gère" ses difficultés très efficacement), j’ai eu un aperçu du type de problèmes qu’il a pu rencontrer… et que je ne souhaite pas à mon fils :

  • Passer cinq minutes à arriver à dire un mot (sans exagérer, dit-il).
  • Se voir exclu de ses camarades, parce que c’est trop long de discuter avec vous.
  • Etre dispensé de lecture en classe, parce que cela prend trop de temps ("ça, c’est plutôt une bonne chose" selon l’orthophoniste, puisque cela permet de ne pas se sentir obligé de parler et de se sentir embarrassé devant toute la classe)
  • Devoir convaincre chaque nouveau professeur qu’il faut vous laisser parler, en lui montrant que ce que vous avez à dire est intéressant.

  • Apprendre tout seul les techniques qui permettent le contournement ou le passage en force de la parole.
  • Avoir envie qu’on vous laisse le temps de finir vos phrases, quel que soit le temps que cela prend, puisque cela fait partie de soi : Je supporte bien que l’autre soit grand, petit, laid, mince, gros, ou sente mauvais. Pourquoi l’autre ne me prend-il pas tel quel, avec mon défaut d’élocution?

Et l’orthophoniste d’évoquer, avec le plus de tact possible, la dérive de certains bègues, le pouvoir (obscur) que l’on veut exercer en obligeant l’autre à se plier à son propre rythme de communication.

Obliger l’autre à suivre son propre rythme ? Le regard de l’orthophoniste croise le mien. Je ne dis rien, mais je crois qu’elle a vu, au sourire de mon regard, que ça me rappelait des souvenirs. "Et vous, demande Lex à la fin de la séance, vous êtes accompagnée par un orthophoniste ? Je vois que vous avez quelques blocages et difficultés pour parler".

Elle saute sur l’occasion pour enfoncer le clou :"Non. Justement, les accidents de parole sont normaux. Là où ce n’est pas normal, c’est quand il y a un réflexe de contraction, de tension autour d’un blocage, et cela, je n’en ai pas".

Tout se tient.

1 commentaire

  1. Jerry dit :

    Ah, cool. Alors on peut laisser sa langue chourfer, voir vipérer sans complexe. Elle est bien, ton orthophoniste, dis donc. C’est toujours difficile dans ce genre de circonstances de tracer la limite entre normalité et non-normalité (on navigue entre Charybde, le danger de renvoyer l’autre à son anormalité, et Scylla, l’autre danger de tout définir comme normal et donc de renoncer à résoudre les problèmes), je trouve qu’elle s’en sort vraiment bien.

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