Matt Huvu m.lavie.pps

Quand j’ai annoncé à Matt Huvu que je pensais que nous n’étions pas faits l’un pour l’autre, il a tout de suite demandé pourquoi (par SMS, toujours).

Et là, j’étais piégée. J’avais bien une idée du pourquoi, mais je n’avais pas envie de lui dire ses quatre vérités pour autant, cela aurait été méchant et inutile. Et pour lui dire quoi que ce soit de constructif, il me fallait un peu de tranquillité d’esprit. J’ai donc proposé que l’on discute de tout cela par téléphone à son retour de week-end.

Le lendemain, j’ai reçu un e-mail de sa part. Matt déclarait qu’il était peiné, que je n’avais pas senti toute la tendresse qui était en lui, qu’il pensait beaucoup à moi, que si je cherchais un gros dur, il valait mieux que je passe mon chemin.

Pour me « prouver que l’amour existe bel et bien« , il m’envoyait une présentation Powerpoint, intitulée « jm.lavie ».

Pour vous donner une idée, la première diapo représentait deux petits chats en train de pêcher (l’un retirait un poisson de l’eau avec une canne à pêche, l’autre attrapait le poisson de ses petites pattes). Légende : « LA VIE A DEUX PLEINE DE TENDRESSE mérite que l’on se rapproche du ciel pour atteindre LE BONHEUR« .

Vous connaissez bien ce genre de présentations. Il est presque entièrement composé de photos de petits animaux mignons. Des chatons à gogo, des chiens qui tiennent des chats entre leurs pattes, un petit canard et un petit agneau qui se caressent du museau, une girafe qui lèche un écureuil… bref, des preuves flagrantes que l’amour existe bel et bien, tout ça, n’est-ce pas?

Il y avait un peu de texte en plus. Voyons. A en croire l’auteur du Powerpoint (et, partant, son émetteur, qui le reprenait à son compte), Dieu avait « ouvert une fenêtre du ciel » ce matin et demandé à la personne en question : « Mon enfant, quel est ton plus grand vœu pour aujourd’hui?« .  Le narrateur aurait répondu : .« Seigneur, je te prie de prendre soin de la personne qui est en train de lire ce message, ainsi que de sa famille et de ses bons amis. Ils le méritent bien et je les aime beaucoup« . Hein? Mais c’est complètement chtarbé comme logique. Comment pouvez-vous parler, comme ça, au saut du lit (même au Très-Haut) de la personne qui va lire un message qui n’est même pas encore écrit ? En l’occurrence, que l’on va écrire en se citant soi-même parlant du futur message. Bonjour le paradoxe spatio temporel, ou, en clair, on ne met pas les charrues avant les boeufs, un peu de respect pour l’Eternel. Et de commenter : »L’amour de Dieu est comme un océan. On voit où il commence mais jamais où il se termine ».

Au bout d’une quinzaine de diapos supplémentaires de ce chef-d’œuvre d’émotion et de théologie, on m’annonçait que je devais envoyer ce message magique à une dizaine de personnes supplémentaires, et il se passerait avant 23h23 un évènement que j’attendais : la personne à qui je pensais allait me téléphoner, ou bien un ange allait me dire un truc en rêve. Ce n’était pas une blague, et il ne fallait pas que je « brise la chaîne ».

Bref, le genre de message qu’on reçoit d’une jeune fille de douze ans, pas d’un homme de quarante.

Je n’ai pas fait de commentaire sur la présentation. On ne joue pas avec l’égo fragile d’un garçon qui a autant besoin de reconnaissance, c’est mal. (J’espère qu’il ne fait pas partie de mes lecteurs, parce que si c’est le cas, mon karma est pourri pour les trois cent prochaines années). Mais je lui ai écrit un message pour lui dire, aussi diplomatiquement que j’ai pu, qu’il n’était pas à mon avis assez à l’écoute des autres, et que c’est une qualité dont j’avais besoin. J’étais assez contente de mon texte : je l’avais voulu clair mais prudent (je connais à peine ce garçon, je peux me fourvoyer) et constructif. J’ai aussi signalé qu’il se rassure,  je n’attendais pas de « tendresse » d’un homme que je voyais pour la première fois à un déjeuner.

Nous avons eu un dernier long coup de téléphone que l’on peut qualifier de rupture définitive. Il m’avait indiqué qu’il avait mis fin à tous ses contacts Parship pour mieux me connaître. Je lui ai répondu que je ne le lui avais pas demandé. Qu’importe, il était heureux de le faire. Pour un candidat au titre de psychologue, ça ressemblait beaucoup à une tentative maladroite pour me forcer la main.

Une fois qu’il a été déterminé que je n’étais pas entièrement décidée à saisir cette occasion unique de commencer une relation avec lui, j’ai eu droit à tout. Je jouais au chat et à la souris, j’aimais faire souffrir, je prenais plaisir au fait d’être en train de choisir entre mes multiples (!) prétendants, sans jamais vraiment me décider. En somme, j’étais une perverse. Il ne voulait pas souffrir à cause de moi, d’ailleurs il avait déjà commencé, il valait mieux tout arrêter, mais je le regretterais, au bout d’une semaine je me dirais que j’avais loupé quelque chose, que le bonheur était là à portée de main, que des hommes aussi bien, je n’en rencontrerais pas sous le pas d’une girafe. Je ne méritais pas qu’il se soit attaché à moi. Et pourtant, il sentait bien que les choses allaient bien entre nous. Dans une semaine, j’allais le rappeler pour le supplier de revenir. A cause de moi, il allait passer une mauvaise nuit. C’est trop affreux.

Bref, une fois son égo blessé, c’était un adolescent écorché vif qui parlait. Fragile et sentimental, certes, mais toujours aussi égoïste….

9 commentaires

  1. K dit :

    Pauvre homme. Non mais Cinn, tu es parfois bien cruelle (perverse, je n’oserais pas).

  2. Cinn dit :

    Cruelle ? Pourquoi, qu’est-ce que j’ai fait ?

  3. Léontine dit :

    Il me fait mal, ton Matt Huvu. Il me fait de la peine. Non, vraiment, elle est trop triste cette histoire. Tiens, je vais aller relire le premier billet sur lui pour renverser la vapeur, me rappeler à quel point il était puant. Parce que finir sur une image de chaton abandonné, je peux pas.

  4. Cinn dit :

    > Léontine : Pas un chaton abandonné. Une souris. Une souris qui servait de jouet à un chat cruel et pervers et qui échappe à son bourreau la tête haute et avec dédain. ….Tu es consolée ?

  5. Letesle dit :

    Mais c’est du second degré ou bien vous êtes vraiment apitoyés par ce gars ? C’est un gros blaireau, mais surtout un taré qui essaie de culpabiliser Cinn alors qu’elle n’a rien fait de mal. Pour moi il est tout autant puant dans sa réaction aux explications de Cinn qu’avant. Je n’ai pas besoin de relire le premier post pour me dire que Cinn a vraiment, vraiment bien fait de couper le contact !!

  6. Giusepe dit :

    Dangereux, en plus, ce blaireau, à mon avis.

  7. Léontine dit :

    Il est dangereux, oui, bien sûr. A fuir, évidemment. Mais c’est surtout un très, très pauvre type.

  8. Martin dit :

    C’est regrettable de voir comment certains individus se présentent sous un angle, mais dès qu’ils se sentent repoussés, changent aussitôt de comportement… :-|

  9. Etienne dit :

    Je suis tombé sur ton blog par le biais de Roman Age sur lequel j’étais tombé par hasard il y a quelques mois. Bon voilà pour les présentations. Je voulais juste te dire que j’aime beaucoup ton écriture et ce genre d’article est un bon exemple de la facilité avec laquelle tu mélanges dérision et sentiments. Tout du moins c’est l’impression que ça donne. Je ne m’étale pas plus, mais quand on croise une plume comme la tienne, il faut la féliciter.
    Bonne route

Leave a comment

Les commentaires sont fermés.