Aïe tech

Je suis toujours impressionnée par les techniques actuelles de communication. Tenez, par exemple, l’autre jour, ma présence était demandée pour une vidéoconférence, en liaison avec plusieurs autres bureaux européens de TB Team.

C’était mon baptême de  vidéoconférence. Oh, je connaissais la version artisanale, avec les petits ordis et les petites webcams, mais pas la version pro, internationale, multipersonnelle, tout ça. Sauf peut-être pour l’avoir entr’aperçue dans un épisode de Friends où Monica sort avec un homme d’affaires milliardaire et bavarde avec plusieurs autres copains à travers le monde sur un seul grand écran. Comme l’épisode en question date déjà de quelques années, je pense que même cela devait être devenu un peu ringard. On doit en être à la 3D en couleurs et avec odeurs, dans la vraie vie des hommes d’affaires milliardaires, non ?

Le but, donc, était d’informer tous les bureaux, petit personnel, compris,  de l’état de santé financière de l’entreprise Il y avait même deux sessions de la même, à un jour d’intervalle, pour que tout le monde puisse venir. Je n’avais rien contre. Cela me permettrait à la fois de me sentir impliquée dans les enjeux et la vie de mon entreprise et d’avoir au moins un p*** de truc à f*** de ma journée au lieu de glander inutilement.

A l’heure dite, j’entrai donc dans la plus grande des salles de réunion, dotée d’une immense table de bois sombre design. Tout au bout de la table, un grand écran surmonté de ce qui semble être un caméra. Au milieu de la table, un micro relié à l’écran par un long câble. Et un écran séparé en neuf mini-écrans, dont l’un est occupé par une page de titre d’un Powerpoint, et la plupart des autres par des images d’autres salles de réunion comme les nôtres. C’est le Royaume-Uni, l’Italie, l’Espagne, que sais-je ? La conférence n’a pas encore commencé, et on entend le brouhaha des autres qui s’installent. Oui, le brouhaha, alors qu’ils sont à des milliers de kilomètres. Nous, notre micro est coupé.

Je sens que la séance va être impressionnante, et que je vais encore assister à une utilisation de high tech quotidienne pour les autres, mais fascinante pour moi. Je m’attends à un genre d’échange d’une qualité exceptionnelle, avec un mélange savant de vidéo, d’organisation habile des écrans pour alterner présentation sophistiquée et dialogue avec nos interlocuteurs, bref, je suis sûre que je vais être bluffée.

Tout de suite, ce qui m’interpelle, c’est qu’on n’est pas beaucoup. Cinq ou six en France, peut-être un peu plus au Royaume-Uni, deux par ci, trois par là… et zéro en Espagne : ils font tous la sieste ou quoi ?

« Bon, on commence? » disent les anglais. Et magiquement, la première page de la présentation apparaît en plein écran. C’est là que ça se gâte.

Car l’image est très floue. Je comprends qu’une photo puisse être soumise à des aléas de connexion, mais là, c’est un document numérique, ça devrait être relativement simple à transmettre, beaucoup plus simple que l’image de six ou huit bureaux avec des gens dedans ?

Le Powerpoint commence à défiler. Mais nous ont-ils choisi un présentateur avec un peu de peps, une voix chaleureuse, charismatique, je ne sais pas moi. Et bien non. C’est un type à la voix monocorde et râcleuse, qu’il faut essayer de comprendre (en anglais),en s’aidant des taches bleues qui servent de texte sur le Powerpoint.

Je dois avouer que je décroche assez vite, du coup. J’aimerais voir nos interlocuteurs, ou bien pouvoir associer plus facilement la présentation visuelle au commentaire, mais là, je n’y arrive pas.

Tout d’un coup, la voix se tait et l’écran s’éteint. La communication est coupée. L’un de nous attrape la télécommande du bidule et est capable de répondre à l’appel lorsque les anglais relancent la connexion. Sans doute automatiquement, car après la « négociation de la qualité son/image » (sic), le commentaire reprend au milieu d’une phrase comme si personne ne s’était rendu compte de notre absence. On a dû être nuls en négociation de la qualité son/image.

Les images continuent à défiler. Des diapos de listes illisibles. Des diapos en deux colonnes de listes floues. Des tableaux de chiffres flous : « Les chiffres entre parenthèses sont ceux de l’an dernier, ceux sans parenthèses ceux de cette année« . On fait comment quand on ne distingue pas les parenthèses, humm ?

Tout d’un coup, les anglais s’arrêtent de parler et apparaissent sur l’écran. Quatre mecs un peu bedonnants, alignés derrière une table. Est-ce que nous avons des questions ? …. et là, silence de mort. Tous les bureaux se taisent. « Très bien, on va continuer comme on nous a dit alors ». Et ça reprend comme ci-devant.

De temps en temps, un éclair de compréhension : Oh, mais la diapo qui vient d’apparaître est nette! Stop, stop, que personne ne bouge, on peut la lire!……Ah oui, mais c’est une page de titre. Faux espoir.

Après les chiffres (flous), des recommandations (floues) : viser l’excellence, blablabla, la qualité du service, blabla, tirer le meilleur parti des coûts, blabla. Nous inspirer des slogans de nos concurrents : L’un affirme qu’il comprend « complètement » les besoins des clients, un autre qu’il comprend « à donf » le client, il faut donc qu’on en tire quelque chose sur notre propre compréhension du client, puisque ça a l’air d’être dans le vent. Tout ça toujours à peine déchiffrable par écrit.

Ca finit par se terminer, et je retourne avec plaisir à ma place.

La aïe tech a encore des progrès à faire.

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