T’a as voir ta gueule à la pause café (2)

Binômette n’allait pas bien du tout. Binômette avait menacé Djeunette très violemment.

Lorsque Djeunette m’a raconté cela, j’étais à la fois révoltée et franchement amusée. On était où là ? Dans un quartier d’affaires plein de jeunes cadres dynamiques en costard, ou au fond d’un ghetto ? On allait en venir aux mains, là, dehors ? Pourquoi pas rameuter nos grands frères et nos beaux-frères, pour défendre notre honneur dans une grande bagarre virile ?
Pire : quand Binômette a vu que je parlais à Djeunette, elle lui a encore fait des misères et a exigé le silence. Une vraie caïd de cour de récré, oui, vous savez bien, la petite brute qui tente de se protéger en faisant peur aux plus faibles pour que tout ça reste leur petit secret. Si tu parles, t’es mort.

Ce n’était pas très charitable, mais ….ça avait quelque chose de réjouissant de voir Binômette s’enfoncer toute seule. Oh non, bien sûr, je ne voudrais pas qu’elle soit trop sanctionnée ou virée mais enfin bon… ce serait tellement tentant que ça se sache un tout petit peu plus, ce petit dérapage.

Mais, Cinn, tu n’y penses pas. Tu n’es même pas censée être au courant de l’incident, Djeunette t’a demandé le secret. Mêle-toi de tes oignons, tu n’étais même pas là.

Oui, mais si je la pousse un tout petit peu ? Si je fais allusion à l’incident, là, pour qu’elle m’agresse un peu à un moment bien choisi, à portée d’oreille de sa chef ? Hmm?

Non, non, Cinn, c’est pas bien. C’est pas loyal, c’est trop facile. On ne piétine pas la tête de quelqu’un embourbé dans sa vase jusqu’au cou, pas quelqu’un de si prévisible et affaibli.

Finalement, c’est Djeunette qui a fini par craquer et se confier à la DRH, laquelle a eu très rapidement une petite conversation avec ma binôme.D’après ce que j’ai compris, elle n’a pas été sanctionnée, mais que si elle recommence, elle risque quelque chose comme un avertissement.

Binômette est restée absente une bonne partie de l’après-midi, et à son retour, le lundi matin, première heure, elle s’est excusée platement à l’une et à l’autre. Oui, elle avait des problèmes, elle était sous pression, c’est pas facile d’être seule avec deux enfants (bin tiens!), elle avait dépassé les bornes et elle le savait, elle n’aurait pas dû se défouler sur nous des problèmes qu’elle avait par ailleurs. Justement, depuis quelques mois, ça se passait mieux avec moi. Au fond, on la connaissait, nous, on savait qu’elle était « sanguine« , n’est-ce pas ? On savait bien, hein, qu’elle n’allait pas faire une chose pareille, elle qui ne s’était jamais battue de sa vie ?

Ca fait quelques jours déjà qu’elle ne parle presque plus.

Combien de temps se tient-on tranquille après une leçon pareille ? A supposer qu’elle ait été vraiment comprise?

Binômette ne parle plus, mais l’ambiance est redevenue aussi oppressante qu’avant l’orage. A quand la prochaine fois?

2 commentaires

  1. Roman Age dit :

    Ce ne serait pas plutôt « T’ar ta gueule… » (raccourci de « tu vas voir ta gueule »)?

  2. Cinn dit :

    Allons bon… Il y a des dictionnaires pour ça aussi ?

Leave a comment

Les commentaires sont fermés.