Maternelle pride

Vous diriez quoi, vous, si votre fils de six ans vous réclamait du vernis à ongles ?

Je n’ai pas bronché quand Laura en a voulu. Le maquillage et Laura, c’est une grande histoire d’amour, contrariée par cette psychorigide de maîtresse d’école qui trouve anormal que toutes les gamines de sa classe se mettent les unes après les autres à vouloir du rouge à lèvres et/ou de l’ombre à paupières. Alors, quand c’est mercredi, quand c’est le week-end ou que ça ne se voit pas trop, je dis oui.

Oui, par exemple, au vernis à ongles sur les pieds. Sur les pieds, au mois de mars, par hypothèse, ça reste incognito au fond des chaussures ou des bottes.

Oui, mais quand Raphaël s’est aperçu que Laura avait droit à du vernis rouge pétant sur les ongles de pied, il en a demandé aussi.

Pourquoi n’aurait-il pas eu le droit, au fond ? Certes, le monde de l’école primaire peut être terriblement cruel pour celui qui ne ressemble pas aux autres. Mais là il ne risquait pas de moqueries ni de remarques puisque personne ne le verrait. Si on ne se permet pas quelques fantaisies à six ans, quand peut-on se les permettre, je vous le demande ?…. J’ai donc fait remarquer à mon demi-clone que normalement, c’étaient les filles qui en mettaient, et je lui en ai mis quand même celui qu’il a choisi (nuance « gloss fraise & framboise écrasées », celui que je n’ose jamais mettre)

Tout s’est bien passé, sauf que c’était un mardi. Mardi, c’est deux jours avant un jeudi. Et le jeudi, il y a piscine.

J’ai réalisé ma bourde quand la petite Circé, six ans, m’a demandé pourquoi Raphaël avait du vernis sur les pieds. Je l’ai encouragée à le lui demander elle-même, mais devant la même question, il est resté silencieux (quand Raphaël ne veut pas répondre à une question, il l’ignore). Il m’a expliqué plus tard que c’était parce qu’il en avait assez de répondre toujours à la même question depuis tout à l’heure.

C’était en partie ma faute si mon fils s’était fait embêter en classe. Bourrelée de remords, je me suis platement excusée auprès de Raphaël et lui ai demandé si il voulait que je lui ôte le vernis pour la prochaine séance de piscine.

« Non, d’ailleurs, je voudrais que tu m’en remettes, là, il a commencé à s’en aller, ça fait de petites écailles« .

Là, j’avoue qu’il m’a sciée. Aimer porter quelque chose, c’est une chose, mais continuer à assumer qu’on aime, à six ans, alors que toute votre école vous fait de petites remarques sur votre look étrange, je trouve cela bigrement courageux. Je crois que je n’en aurais pas fait autant, pas à l’école primaire, et encore moins maintenant.

En remplaçant éventuellement « école » par « service » ou « tous vos amis » (selon votre cas), vous en seriez capables, vous ?…

Je suis fière de mon fils. Il faut être sacrément hardi, au fond, pour vivre hors du placard son amour pour le vernis groseille.

1 commentaire

  1. Roman Age dit :

    Tu es une mère très ouverte, Cinn!

    Tu lui as bien dit que normalement c’était pour les filles, mais tu aurais pu ajouter « alors, tu n’en mettras pas, c’est tout ». Et devant ses protestations, tu aurais redit « c’est tout! ». « Du vernis… rien du tout!!! ».

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