Le demain d’hier et l’hier de demain

Lorsque les enfants se posent des questions étranges, ou du moins qui paraissent étranges aux adultes blasés que nous sommes, face à leur esprit frais et neuf :  il est parfois important de ne pas se moquer d’eux et de les aider à se faire une vision du monde aussi cohérente que possible en leur répondant avec honnêteté.

Oui mais des fois aussi, on ferait mieux de profiter cyniquement du fait qu’ils sont prêts à gober tout ce qu’on leur dit.

Démonstration.

« Maman, est-ce qu’on est demain ? » a demandé Laura un matin de mai.

Haha! Elle a hâte d’être à demain sans doute. Non, chère enfant, nous ne sommes pas demain.

Oui, mais le lendemain, elle m’a reposé la même question.

Ah, j’y suis : c’est une question sur la notion du temps. Chère petite, il faut que je l’aide en lui montrant le caractère relatif de la notion de « demain » (ou d’ « hier« ).  Avec la patience et la pédagogie à laquelle on me reconnaît entre mille, je lui expliquai que nous n’étions pas demain, qu’on n’était jamais demain, puisqu’on était toujours aujourd’hui.

« Et quand est-ce qu’on sera demain? »

-Ben, demain. Après un dodo. »

……Oui, parce que la maîtresse, elle a dit qu’il fallait te donner la carte demain« .

……Ma carte de fête des mères!  Celle qu’elle a ramenée de l’école en m’interdisant jalousement de lire le poème y inclus.

Crotte.

« Aaaah, mais ma puce, justement, c’est aujourd’hui la fête des mères, alors tu peux me donner ma carte, ….hein?… »

Elle m’a jeté un regard plein de méfiance et serré un peu plus ma carte contre elle. J’ai tout de suite su qu’elle ‘en tiendrait à ce que la maîtresse avait dit.

« Non. Elle a dit demain. »

« Oui, mais tu vois, on est le demain d’hier. Donc tu peux me donner la carte, c’est aujourd’hui le bon jour, c’est aujourd’hui la fête des mères« .

« Non. Demain. »

J’ai un peu insisté, mais peine perdue, pour une fois, Laura avait décidé d’être disciplinée.Il a fallu attendre le surlendemain pour qu’elle cède.

Feignants de profs. Elle n’aurait pas pu dire « dimanche », la maîtresse ? Certes, « après-demain », c’était un peu compliqué à retenir, mais « dimanche« , ça aurait été gérable pour tout le monde.

Parce que en plus, moi qui connais les jours de la semaine, je sais pertinemment que la maîtresse leur a dit n’importe quoi : à supposer qu’elle s’y soit pris au dernier moment pour leur filer leur carte de fêtes des mères, c’était au plus tard le vendredi. Pas le samedi. Le samedi « n’est pas un jour travaillé« , ça fait suffisamment longtemps qu’on nous le dit. Alors pourquoi leur avoir farci la tête avec « demain », hein ? C’est du sabotage, voilà tout.

La même maîtresse s’est décarcassée ensuite pour la fête des pères. Un ravissant petit cadre peint avec une photo de l’enfant, emballé dans un joli papier peint main, PLUS une carte. C’est de la discrimination, voilà ce que je j’en dis, moi.

A côté de ça, Raphaël m’a confectionné un ravissant petit éventail rond, peint de ses petites mains, avec des limes à ongles en guise de manche. Tellement mignon qu’il m’a aussitôt demandé de le lui offrir.

Quand les mères seront-elles enfin reconnues?

Demain?

2 commentaires

  1. Letesle dit :

    J’adore cette histoire !!!
    Et une fois de plus tu l’écris brillamment, avec une conclusion magnifique ! Bravo Cinn 🙂

  2. ralphy dit :

    Mais au fait, ta carte de fête des mères, tu ne la recevrais que… demain ?!

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