Marketing amoureux

Lorqu’on achète un objet, on en achète deux. Celui qu’on achète réellement et celui qu’on croit acheter.

Lorsqu’on perd une personne, on en perd deux en réalité. Celle qu’elle est et celle qu’on croit perdre…

Deux garçons, cinq filles, zéro possibilité

Il n ‘était pas prévu du tout au départ que ces quatre là atterrissent chez moi.

J’ai connu les deux "grands" sur un forum on ne peut plus familial. J’avais déjà rencontré Laurestan "IRL" à une des rencontres organisées par ce forum (une sortie en parc d’attraction, avec enfants). Il m’avait donné un sérieux coup de main avec les petits, et notamment tenu Raphaël dans ses bras pendant toute la queue d’attente de l’attraction consacrée aux pirates. Je n’avais pas encore rencontré Volberge, mais j’avais eu d’innombrables bavardages de copine avec elle depuis plus de deux ans. Elle avait amené ses deux filles : 13 et 6 ans respectivement ; l’aînée, Stanya, était déjà venue au parc d’attraction ce jour là.

En somme, des personnes que je ne connaissais pas "bien" à proprement parler, mais suffisamment pour connaître leurs principaux qualités et défauts, et qui avaient peu de chance d’être des serial killers ou des pervers psychopathes.

Il était prévu une simple ballade pas de chez moi, dont le but avoué était d’aller jeter du pain aux canards. Mais les gouttes ont commencé à tomber, de plus en plus nombreuses, jusqu’à l’averse, et une fois qu’il s’est révélé très clair que le soleil ne reviendrait pas de sitôt -nous étions tous trempés jusqu’aux os-, j’ai proposé un repli stratégique chez moi.

Tout le monde s’est séché et réchauffé tant bien que mal.

Comment vous décrire l’après-midi de débauche qui s’est ensuivie ? Le thé à la menthe et le coca-cola ont coulé à flot, mon stock de Prince goût chocolat a nettement diminué, il y eut un château fort en coussins dans mon salon, un circuit de train en bois, des ballons, des chamailleries autour d’un yoyo, beaucoup de jeux débiles autour d’un fauteuil pour enfants qui tourne, et le visionnage d’un DVD de Dora l’Exploratrice. Beaucoup de rires et de papiatage.

C’est alors que Lex a téléphoné pour prévenir qu’il avait l’intention de passer pour faire faire un petit tour à Raphaël et Laura. Je l’ai prévenu que je recevais des amis, pour qu’il ne soit pas surpris.

Il n’a pas souhaité les croiser. Soit. C’est donc sur le palier qu’il a retrouvé les enfants, pendant que mes invités restaient quelques instants seuls. Il a juste aperçu Stanya traverser le couloir vers la chambre d’enfants (elle voulait aider à ranger) et entendu les voix de Volberge de de Laurestan.

Lex m’a fait une scène terrible. Qui c’était, ces gens ? Qui était cette "femme" qui se promenait librement dans l’appartement? Il espérait au moins que je ne les connaissais pas d’Internet ! Il allait de ce pas faire une main courante au commissariat et alerter le Procureur.

J’ai essayé de le rassurer sur le fait que tout allait bien et que j’étais tout comme lui soucieuse du bien-être et de la sécurité des enfants. Rien n’y a fait. Il m’a jeté un regard noir puis est parti en exigeant que mes invités soient partis au moment où il les ramènerait (comme il était déjà 19h30, ça voulait dire une heure plus tard).

Il m’a rappelé sur l’interphone dès qu’il est arrivé en bas pour continuer à me dire le fond de sa pensée. Puis m’a appelée au téléphone, une fois, deux fois. Cela n’en finissait pas. Evidemment, si je n’avais pas répondu à ses appels, il aurait aussitôt conclu que j’avais une raison pas nette de le faire, et insisté encore et encore. Pénible.

Je n’ai aucune envie de provoquer ni d’inquiéter Lex. En dehors de ces moments de réactions exacerbées, c’est quelqu’un de très bien.

Pour autant, il n’est pas question que je lui donne un droit de véto sur qui je reçois chez moi. Pas envie de devoir fournir CV, photocopie de la carte d’identité, livret de famille, extrait de casier judiciaire (voire carnet de notes) de chaque connaissance qui vient à rencontrer les enfants. J’essaie de faire le tri moi-même. C’est pourquoi je suis restée relativement ferme.

Lex est arrivé un peu en avance, mais s’est éloigné pendant que Laurestan, Volberge et ses filles prenaient le départ.

"Pourquoi les invités ne sont plus là?" a demandé Raphaël en revenant…

Comment vivre des situations extrêmes sans bouger de son écran

Comment survivre à une attaque de requin ? Ou de crocodile? Ou échapper à un ours? Survivre à un accident d’avion ? Un tsunami ? Comment sortir d’une voiture en équilibre instable au bord d’un gouffre ? Comment survivre si vous êtes coincé dans une grotte ? Que faire si votre voiture est lancée à pleine vitesse et que vos freins ne fonctionnent plus? Comment reprendre le contrôle d’un chameau qui prend le mord aux dents ? Quelle est la procédure à suivre pour savoir si une plante est comestible? Comment désarmer un agresseur ? Comment survivre à un séjour dans une prison fédérale américaine? Comment sauver quelqu’un qui est tombé à travers de la glace ?

Wikihow est une variante (en anglais) de Wikipédia : tout le monde peut y participer, ajouter des réponses aux questions que tout le monde se pose (ou pas).

L’ennui, avec ce genre de conseils en cas de situation grave, c’est que, par hypothèse, il faut les avoir lu, mémorisé et intégrés avant de  se fourrer dans le pétrin. Je pense qu’il faut en effet beaucoup de sang-froid et d’agilité pour consulter Wikihow alors que vous êtes agrippé aux rênes de votre chameau en furie ou entre les mâchoires d’un requin.

Et la plupart des situations visées sont difficiles à anticiper (vous êtes bloqué en voiture en équilibre instable dans un endroit surélevé parce que vous avez raté votre tournant…).

BlownAway

Je suis peut-être impressionnable, mais lire ces conseils me met psychiquement dans la situation visée. Mon coeur s’accélère, je visualise la situation.. : et voilà, je baigne dans une eau tiède, je suis en train de nager fébrilement, je viens de réussir à éloigner le requin en hurlant sous l’eau (les fréquences aigues leur font peur)… il s’éloigne mais je nage à reculons pour ne pas le quitter des yeux, la peur me serre la poitrine, et s’il revenait ? Les requins sont traîtres… Se rapprocher de la berge petit à petit, rester calme, continuer à respirer pour alimenter mes muscles en oxygène. S’il attaque, bien me souvenir : c’est dans les branchies qu’il faut frapper. Pas le nez, qui est trop proche des mâchoires.

Heureusement, toutes les questions posées et réponses apportées ne donnent pas des émotions aussi fortes.

On y trouve aussi :

Comment porter des lunettes sans avoir l’air trop intello ? Comment proposer à une fille de passer la soirée avec vous si elle voit déjà quelqu’un? Comment sortir avec une strip-teaseuse? Comment acheter des capotes en toute discrétion ? Comment chasser un fantôme de chez vous ? Comment bien s’entendre avec votre belle-mère? Comment parler comme un pirate ?

La vie, mode d’emploi !!

(Nota : l’oeuvre ci-dessus s’appelle Blown Away et est de Anna Gillespie)

Même pas mal!

Il y a d’abord le choc. Bizarrement, on ne sent rien sur le coup.

On se dit que c’est mieux comme ça.

On poursuit sa vie, plutôt guillerette et épanouie. Dans un coin de votre conscience, il y a comme une ombre, quelque chose que votre inconscient vous cache et où vous n’avez pas envie d’aller coller le nez. Was ich nicht weiss, macht mich nicht heiss : ce que je ne sais pas ne me fait ni chaud ni froid. Vous êtes reconnaissant à votre esprit de vous cacher maladroitement ce cadavre dans le placard.

Un jour, vous essayez d’y mettre le nez, pour voir. Et vous ne ressentez rien, vous êtes toujours anesthésiée. On dirait que votre esprit a pris le soin de briser toutes les synapses qui reliaient votre histoire à un souvenir, qu’il soit douloureux ou agréable. Vous avez perdu votre souffrance mais aussi les souvenirs que gardaient vos sens. Ce prénom qui évoquait auparavant un monde de sentiments, vous vient encore à la bouche mais n’est plus qu’une coquille vide.

Et puis au bout d’un moment, quelque chose revient. De la tristesse. Vous ne savez pas très bien pourquoi (enfin si, vous savez, au final, mais vous ne voyez pas le rapport, et encore moins pourquoi maintenant). Une lassitude. Votre corps au réveil est comme un sac de clous, les plaisirs de tous les jours ont un peu moins de goût, vous vous débattez en vous disant que vous allez vous relever de toute façon, que ce creux de la vague n’a qu’un temps.

Au final, vous y passerez quand même, par une période de blues.

Encore un peu de temps et vous vous rendrez compte que ça fait longtemps que vous ne vous êtes plus posé de questions sur cette histoire injuste. Vous lâcherez prise sur tout ce qui n’est pas les bons moments, ceux que vous garderez comme un album de photos presque oubliées de ces moments qui vous appartiendront pour toujours, et dont vous sourirez en les regardant.

J’osais… quoi ?

C’est à Natacha que je dois de connaître le mot "Joseki"

Si j’en crois Wikipédia, un joseki désigne dans le jeu de Go une séquence de départ archiclassique, principalement en début de partie. Natacha s’amuse à appeler ainsi un échange classique de début de conversation, du genre "salut! ça va? -oui et toi?".Go

Selon les cultures, les joseki verbaux peuvent prendre beaucoup de temps. Lorsque mon ex belle-mère méditerranéenne a rencontré la nounou qui gardait à l’époque Raphaël, elles ont passé une bonne demi-heure à échanger les mêmes phrases de salutation que si elles étaient deux copines se rencontrant au marché. Elle ne terminait jamais une conversation téléphonique avec moi sans m’avoir demandé des nouvelles de mes parents, de mes frères et soeurs, de mes grands-parents, et j’en passe. Il fallait donc environ un quart d’heure pour prendre congé.

Il y a un petit moment déjà, j’avais répondu à un message sur un forum familial, essayant en substance d’avertir une femme qui allait se lancer dans la procréation assistée, de la difficulté et des incertitudes des épreuves qui l’attendaient. Il faut dire que je sortais tout juste de la lecture de "Un bébé, mais pas à tout prix", de Brigitte-Fanny Cohen, qui traite justement de ce thème et reproche notamment aux médecins de traiter les couples sans tact ni ménagement, et aussi d’occulter volontiers leurs échecs au profit de leurs réussites, donnant ainsi aux couples en mal d’enfants un espoir hors de proportion avec les statistiques réelles de succès. Là-dessus, Chrismine, que je ne connaissais pas du tout, m’a reproché avec virulence (en privé, il est vrai) de ne pas encourager davantage la personne qui demandait des conseils. Je lui ai expliqué pourquoi j’avais répondu ainsi, elle m’a assez rapidement répondu. Nous n’étions toujours pas d’accord, mais nous étions expliquées. L’échange terminé, nous avions échangé nos adresses msn.

Seulement voilà… depuis, Chrismine s’est révélée être une adepte du Joseki verbal.

On vous parle : "Salut!". Vous saluez. On vous demande "ça va ?". Vous répondez que oui. Et elle-même? Oui.

Et là, honnêtement, je ne voyais pas quoi lui répondre. C’est à peine si je la connaissais. C’est elle qui m’avait adressé la parole, et comme j’étais moi-même occupée à autre chose, j’ai trouvé bizarre qu’elle n’ait pas envie d’ajouter quelque chose au petit Joseki. Je ne lui ai donc pas répondu.

Au bout d’environ une minute, c’est elle qui m’a relancée : "Tu n’es pas là?".

Récapitulons. Elle me contactait pour que je fasse les frais de la conversation alors qu’on ne se connaissait pas…! Il fallait que le la distraie sur demande?

On va bien voir. J’ai tenté l’expérience.

Je lui racontai quelques nouvelles anodines. Je ne sais plus ce que j’ai trouvé à lui jeter en pâture : des banalités sur mon travail ou sur le temps, je crois. Cela a relancé les choses. Elle m’a lancé l’équivalent en échange. Elle m’a appris, au détour d’une allusion à sa visite de la Xème semaine, qu’elle était enceinte -ce que j’ignorais… normal, puisque j’ignorais presque tout d’elle- et j’ai cru comprendre qu’elle attendait de moi que je lui demande des nouvelles de sa grossesse.

Elle ne se souvenait de rien sur moi, ni de mon âge, ni du fait que j’avais des enfants, ni du fait que je vivais seule avec eux. Elle m’a donc fait sourire quand elle m’a demandé si je ne voulais pas des enfants, moi aussi. Ah bon, je n’avais pas envie tout de suite ? Mais quel âge j’avais ? Ah bon… mais j’avais encore le temps, m’a t’elle assuré. J’ai mis fin à ses souffrances en lui parlant de mes demi-clones déjà existants.

Au final, la conversation s’est révélée aussi creuse que prévu. Nous nous sommes limitées à notre dénominateur commun : notre paire de chromosomes X. A mes yeux, nous n’avions visiblement aucun atome crochu particulier, mais aux siens, cela suffisait à fonder un joseki prolongeable à volonté autour de son état de grossesse et de nos enfants respectifs. Pour la petite histoire, je n’ai pas échappé à une réaction type "C’est le choix du roi!!" quand j’ai dit que j’avais un garçon et une fille.

Pourquoi n’ai-je pas répondu avec plus de plaisir et de curiosité à cette personne qui demandait mon attention ? Je me sens bien dans un échange lorsqu’il est mutuel, quand les affinités font que chacun apporte quelque chose à l’autre. Là, je ne sais pas, mais quelque chose ne collait pas.

Je n’ai rien contre le "small talk", les conversations anodines. Elles ont une fonction quotidienne, permettent de faire connaissance ou de garder un contact, parfois d’en apprendre beaucoup plus sur quelqu’un que le fond de la conversation lui-même. Mais quand la mayonnaise ne prend pas au départ, elle est difficile à faire monter, surtout avec quelqu’un dont on ne connaît à peu près rien d’autre qu’un pseudo et qui ne personnalise pas son approche.

On ne peut pas plaire à tout le monde… ni aller vers tout le monde.

Et quand on tente un joseki, il vaut mieux apporter quelques pierres à poser sur le goban…

Rendez-vous extrême

Je le vois toutes les semaines. Il est plutôt trapu, très fort, avec des yeux bleu clair.

Cela commence toujours lentement, presque avec douceur. Mais il est très directif, dès le début. Je ne fais pas un geste qu’il ne m’ait dicté, vers lequel il ne m’aie guidée.

Puis les choses s’accélèrent. Mon souffle se brusque, mon coeur se précipite. La tension et les sensations montent inexorablement. J’accompagne ses mouvements de jambes et de hanches. Je ne le quitte pas des yeux, parfois c’est son reflet que j’observe dans les grands miroirs accrochés aux murs. Il me dirige de ses gestes et de sa voix, tantôt grave, tantôt taquine, presque animale parfois. Jusqu’au moment où j’ai l’impression d’être à bout de souffle, au bout de mes sensations. Mon coeur bat à tout rompre, je ne suis plus que dans l’instant, dans cette intensité qui n’en finit pas. Son visage est crispé par l’effort et trempé de sueur. C’est son regard presque dur, c’est son sourire presque narquois, qui me poussent à aller encore plus loin. Des sensations inconnues, tout mon corps qui me brûle, et lui qui m’oblige à poursuivre… encore un peu, encore plus longtemps.

Enfin tout cela se termine. Dégoulinant de sueur, nous sommes étendus sur le dos, exténués, apaisés.

Après quelques minutes de stretching, c’est la fin du cours. "Attention à bien dégager les épaules pendant les fentes, tu rentres un peu trop le torse", m’a t’il simplement conseillé.

La semaine prochaine, même jour, même heure ?…

Reminder

Imaginez un immeuble haussmannien. Plafonds hauts, moulures, murs en pierre de taille.

Le hall est le plus souvent presque désert et silencieux, larges portes fermées sur des bureaux feutrés, confidentiellement affairés. Une cage d’escalier immense, où se déroule une haute rampe en fer forgé, noire et dorée. D’immenses miroirs sur chaque palier. Un tapis de moquette sous vos pas, maintenue à chaque marche par une barre dorée, un motif à feuilles d’automnes somptueux et discret. De grandes fenêtres aux vitraux jaunes et blancs, assortis au tapis, illuminent l’escalier. Seuls les panneaux d’issue de secours tranchent discrètement sur cette harmonie de crèmes, de noir et de dorés.

Et là, en plein sur un mur, entre deux étages…. Bien en évidence…

Un post-it jaune flashy, avec un numéro de fax indéterminé gribouillé au bic.

Comment diable est-il arrivé là ? Est-il tombé d’un attaché case pour être ramassé par un bon samaritain qui a voulu le mettre en évidence, pour qu’il puisse être retrouvé ?

Est-ce la manière comme il faut de faire un graffiti dans les beaux quartiers ?

En tout cas, ça vous casse une ambiance…!

Elephantes roses (3)

Comme je vous l’annonçais ici, les choses ont un peu changé depuis l’écriture de "Rose Bonbonne" (rebaptisée "Rose Bonbon" dans la nouvelle édition).

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Déjà, les éléphantes se sont rendues compte qu’au fond elles aimaient bien continuer à manger des anémones et des pivoines. Et aussi, accessoirement, que si elles n’avaient pas au moins une vague couleur rosée et si elles étaient aussi couvertes de boue que les autres, les éléphanteaux les plus obtus les prenaient pour des garçons. Certes, elles ont le droit de jouer dans la savanes avec les éléphanteaux, mais elles continuent donc, pour le plus grand bonheur de l’industrie florale et textile, à acheter à prix d’or les dernières espèces d’anémones et de pivoines au liposomes  et à faire les soldes pour faire collection de collerettes et de chaussons de toutes couleurs et de toutes formes.

Elles se sont rendues compte qu’elles s’étaient aussi un peu fait piéger. Que ce n’était pas en brûlant leur collerette qu’elles auraient les mêmes droits que les éléphanteaux. Elles ont gagné le droit d’avoir un poste-clé dans la tribu, sauf qu’elles recevront toujours en contrepartie moins de bananes et d’ananas qu’un éléphant et qu’elles devront  être plus compétentes qu’eux pour y arriver.  Elles ont le droit d’aller patauger dans la même mare de boue que les éléphants, sauf qu’elles doivent garder leur collerette et leurs chaussons à talons, et surtout garder tout cet attirail sans se salir si elles veulent se faire respecter.

Bref, elles ont plus de liberté qu’avant, mais ça n’a plus grand chose à voir avec le fait de porter ou non des atours roses (ou bleus, ou verts, selon la mode) et de manger des pivoines et des anémones (ou des coquelicots lissant performance thermo-contrôle aux extraits d’ADN). Les stéréotypes ont la vie dure, et si une éléphante, de nos jours, ne mange pas une seule fleur et ose peser un peu plus qu’une gazelle, elle prend des risques. Les éléphantes, elles aussi, sont des hyènes, parfois (Letesle, oserais-tu aller au boulot avec zéro maquillage et sapée comme un clochard ?).

Mieux encore : il existe maintenant des enclos pour éléphants, avec leurs fleurs spécifiques mais qui ressemblent un peu aux anémones et aux pivoines. Il y a même des appareils de muscu et des lampes à UV. On encourage donc les éléphants à se faire beaux, eux aussi, et certains y prennent plaisir, eux aussi.

On a aussi découvert un deuxième enclos, où une autre tribu élève ses petites éléphantes selon un système un peu similaire à l’ancien. Là, les éléphantes doivent continuer à manger des fleurs infectes pour avoir une peau rose et les yeux grands et brillants, mais en plus elles doivent porter en permanence une espèce de toile de tente qui les recouvre entièrement. Sans ça, d’autres éléphants que leur mari pourraient les voir. Celles là, il faudrait leur envoyer quelques caisses du bouquin…

Par les sentiments

Je me suis laissée embobiner par un beau brun mielleux, tendance beau parleur. Mais il faut dire qu’il a un sourire vraiment craquant.

Le réveil avait été effroyable. J’avais passé mon temps à essuyer les pleurs, faire le gendarme dans les disputes autour de babioles, souffler sur les bosses, essuyer le Nutella étalé par terre, et je tentais depuis environ une heure d’obtenir que nous soyons tous les trois assez présentables pour aller faire deux-trois courses.

Vint le moment où j’ai haussé la voix, exaspérée :

"Quoi, Raphaël, tu n’as toujours pas mis ton pantalon ?" [alors qu’il avait mis ses chaussures…les voies des demi-clones sont impénétrables]. "Mets ton pantalon TOUT DE SUITE!!".

Il m’a fait des yeux aussi grands que le Chat Potté de Shrek, un sourire tendre, a ouvert les bras et s’est serré contre mes jambes pour que je lui fasse un câlin. Evidemment, j’ai fondu._2269_Chat_potte

Manipulateur, va !

Elephantes roses (2)

Je me permets au passage une remarque sur un détail qui me chiffonne un peu. Dans l‘histoire de Rose Bonbonne, Pâquerette ne lance sa révolution que par défaut. Elle se goinfre pendant des années d’anémones et de pivoines pour essayer de devenir aussi rose que ses copines, essuie l’immense tristesse de sa mère et les foudres de son père "Attention Pâquerette, si tu continues comme ça, tu ne deviendras jamais une belle éléphante ! Voudrais-tu te rebeller?"  etc etc.

Pâquerette, la future meneuse féministe, est donc au départ une fille soumise qui "se taisait" et qui "reprenait encore une bouchée d’anémones et quelques pivoines" sous l’oeil compatissant de ses bimbos de copines.elephant_rose

Enfin, les parents de Pâquerette "abandonnent tout espoir de la voir devenir belle et rose". Ce n’est qu’alors que Pâquerette, "soulagée", décide d’ôter ses oripeaux rose bonbon et d’aller rejoindre ses petits camarades pour jouer dans la boue, faire la sieste, se goinfrer de chips de fruits ou faire le concours de qui a la plus grosse trompe (bon, ça c’est pas dans le bouquin, mais je suis sûre que vers la puberté, les éléphanteaux s’y mettaient aussi).

Ce qui décide Pâquerette à vivre sa vie, c’est qu’elle n’a plus de pression familiale. Ce qui décide ses copines à la suivre, c’est donc l’exemple d’une rebelle qui n’est même pas là par choix ! Donc les premières féministes seraient des candidates à la bimbotude qui ont échoué ??

Je m’y prends un peu tard pour te passer un savon, Adela Turin, mais tu ne leur donnes pas le rôle le plus gratifiant, là… c’est un peu comme si Superman ne devenait super-héros que parce qu’il échoue à être pigiste, ou si le Prince Charmant n’était amené à pourfendre des dragons que parce qu’il n’arrivait pas à ramasser du fumier correctement ! Peut-être n’as-tu pas osé dresser à l’attention d’enfants encore très jeunes, le portrait d’une jeune fille qui s’insurge contre le modèle donné par ses parents ? Comme quoi on peut être contestataire et respectueux des traditions et du respect envers les aînés…