Les math-ernelles

Ce billet est destiné aux plus bossedesmatheux d’entre vous, si possible avec des connaissances en parapsychologie et en maths très très modernes ecoliere Imaginez que vous êtes la personne qui va décider des règles concernant les effectifs du système scolaire. Ainsi, vous devez décider : 1) quel est le nombre maximum d’élèves dans une classe : n 2) à partir de combien d’élèves par classe au total on a le droit d’ouvrir une nouvelle classe : n’

Et bien tenez-vous bien, je viens de découvrir que n’ est supérieur à n.

Pour parler plus concrètement : imaginez que vous êtes une directrice d’école maternelle qui a le droit d’avoir 32 élèves par classe maxi (et c’est déjà beaucoup). Or, si vous avez 133 élèves dans votre école, vous avez le droit d’ouvrir 5 classes. Si vous avez 132 élèves, vous n’avez le droit d’en ouvrir que quatre.

Dans le cas où vous avez 133 élèves, tout va bien. La moyenne est de 26,6 élèves par classe, et tout ce que vous aurez à faire, c’est d’utiliser cette petite marge pour décider, en fonction des effectifs, combien de classes de chaque niveau vous aurez, et si éventuellement vous vous lancez dans l’aventure des classes de double niveau.

lyceens_en_colereOui, mais si vous avez 132 élèves, vous n’avez droit qu’à quatre classes. Quatre classes de 132 élèves, ça fait 33 élèves par classe. Quatre classes de 32 élèves, ça fait… 128 enfants.

Autrement dit, soit vous acceptez d’avoir 33 élèves par classe, et vous êtes dans l’illégalité, soit vous mettez quatre enfants à la porte (après tout, l’école n’est obligatoire qu’à partir de 6 ans, les parents n’ont qu’à garder leurs gosses chez eux).

Chez nous, on a de la chance, on est au-dessus des 133 cette année encore. Mais j’avoue qu’il y a là un système de calcul qui m’échappe.

Il paraît que l’argument n°1 pour justifier ce calcul est que dans les petites classes, les enfants ne sont jamais là en même temps (épidémies de rhino-pharyngite à répétition, varicelles et autres cataclysmes parentaux, sans parler des vacances prises hors saison).  

Donc l’école ne fonctionne bien que quand tout le monde n’est pas là.

C’est d’une logique imparable.  Il faut adapter le fonctionnement d’une structure au risque d’absentéisme des uns et des autres. Donc, si vous trouvez qu’un organisme public quelconque souffre d’un fort taux d’absentéisme de ses effectifs, rassurez-vous : il devrait très vite faire l’objet d’un recrutement massif.

(nota : renseignements pris, la logique de comptage bancal est exactement la même pour des élèves de lycée, donc ça sent le prétexte).

(tout ça pour dire aussi que ça me paraît ridicule. Tant qu’à faire les radins, pourquoi ne pas dire directement qu’on a le droit de mettre 33 enfants dans une classe ? Il y a là sûrement des enjeux qui me sont inconnus).

Le monde est beau.

Mort d’un fantasme

boydJ’ai un aveu à vous faire. Celui sans qui je serais peut-être homosexuelle à l’heure qu’il est, vient de mourir. Bon, d’accord, sur la fin, il n’était pas très sympathique. Non, vraiment pas. Ultraconservateur et ultralibéral. Antisémite. Homophobe. Président du lobby des armes à feu. Raciste. Il y a plus avenant, comme profil. On est tenté de mettre une partie de tout ça sur le compte de sa maladie d’Alzheimer ? Ce n’est certes pas donné à tout le monde de bien vieillir, mais là… brrrr… Oui mais voilà : Rendons à Charlton ce qui est à Charlton. Avant lui, je préférais les filles. Ne me demandez pas quel âge j’avais, mais c’est au beau milieu de "Ben Hur" que je me suis littéralement rendue compte, non sans une certaine surprise,  que oui, un garçon, ça pouvait aussi être agréable à regarder. Merci Charlton ?

Et à part ça, on est en avril et il a neigé. Tout était blanc ce matin. Surprenant et ravissant..

Les sauveurs

indestructibleDans une situation de détresse, le premier réflexe de Laura est de rechercher un sauveur ou une sauveuse.

Exemple de situation de détresse : on essaye de la contraindre à mettre des baskets alors qu’elle préfèrerait des bottes, à mettre des après-ski alors qu’elle voulait les sandales, à aller à la crèche alors qu’elle serait volontiers restée à la maison, à mettre un pantalon alors qu’elle voulait une robe, ou bien les chaussures marron à la place des chaussures roses (trop petites, certes, mais très jolies), etc. On ne compte plus les ordalies pour une petite fille, surtout si elle a du goût en chaussures.

A qui faire appel, alors, dans une situation aussi abominable ?

Deux conditions : il faut que la personne soit 1) une personne de confiance, et 2) différente du bourreau auquel elle a présentement affaire. Il n’est pas nécessaire qu’elle soit présente (après tout, on ne sait jamais, la personne pourrait arriver puisqu’on l’appelle).

Ensuite, tout dépend des circonstances.

On peut appeler à la rescousse Papi ou Maman si Mamie vous fait des misères alors qu’on passe des vacances chez elle. Ou Mamie, si c’est Papi qui vous tourmente.

De retour de vacances, on peut pleurer après Mamie quand Maman vous emmène de force à la crèche.

superherosChez Papa, on peut appeler Maman, et vice versa.

Le postulat est limpide : si l’on fait appel au bon coeur d’une personne extérieure, il y a une petite chance qu’elle ne partage pas l’opinion de l’autre sur le calvaire qu’on vous fait endurer et qu’elle vole à votre secours. En gros, elle mise sur les divergences éducatives entre les uns et les autres.

Hier, pour la première fois, elle a eu l’idée d’appeler au secours son grand frère.

C’est vrai, c’est connu, les grands frères, c’est fait pour protéger les petites soeurs. Pour intervenir si un importun vous fait des misères dans la cour de récré. Pour régler son compte au malotru qui vous ferait "prrrrrt" en vous tirant la langue alors que tout ce que vous avez fait, pauvre innocente, c’était lui faire "flebllelblrrrt" en tirant la langue et essayé de le taper (c’est comme ça qu’on drague les grands de 3 ans, quand on a 2 ans). Ah, que de souvenirs de bravoure. Ce jour là, "Af’ël" s’est physiquement interposé entre sa petite soeur et le fâcheux, lequel n’a pas tardé à se carapater.

Revenons à nos moutons. Maman, donc, entraînait Laura vers sa chambre pour l’obliger (c’est atroce!) à se mettre en  pyjama. Alors a jailli l’appel de détresse : la main tendue d’espoir vers le sauveur potentiel, Laura s’est écriée :

"Af’ eeel! Af’eeel!".

Raphaël, en apparence stoïque (mais qui était certainement la proie d’un déchirant conflit de loyauté interne) a répondu :

"J’te sauve même pas, moi". N’est pas superhéros qui veut.

Du sang et des carpes

Attention, la lecture de ce billet est déconseillée aux enfants et aux personnes sensibles. Y va y avoir du gore, d’autant que l’auteur aime bien exagérer un peu dans l’espoir de se faire plaindre.

La malédiction qui touche mes poissons rouges se confirme. Sauf que cette fois, c’est moi qu’elle a atteinte.

Souvenez-vous. Un de mes poissons rouges était mort coincé dans mon lavabo (oh pardon les enfants, je veux dire : s’est sauvé et vit maintenant en liberté dans une jolie rivière avec plein de nouveaux copains). Le  deuxième est ne lui a pas survécu longtemps, mais a connu une mort plus classique pour un poisson rouge : le flottage inerte entre deux eaux.

Et voilà qu’en voulant changer l’eau du bocal, l’objet m’a échappé des mains et est shattervenu exploser par terre.

Coup de chance : j’ai été la seule victime de l’accident. Les enfants finissaient de dîner dans une pièce voisine (ce qui fait que tout en essayant de stopper mon hémorragie, lutter contre la perte de conscience et de ramasser les premiers bouts de verre, je devais répondre par des messages d’attente, comme on dit commercialement, à des réclamations de dessert). Le poisson, quant à lui, était déjà en sécurité dans le lavabo.

Moi, je ne sais pas comment j’ai fait mon compte, mais je me suis retrouvée avec un bout de peau de doigt à demi arraché. Au vu de la couleur de la plaie, j’ai d’abord cru qu’un morceau de verre était resté coincé sous la peau, mais ce n’était pas le cas. Par chance, j’avais  à portée de main force comfingerpresses et de quoi faire un pansement rudimentaire. Non sans l’impression fugitive, au choix, d’être en train de faire disparaître les preuves d’un crime atroce. Ou d’être en train d’opérer un truc à moitié mort.

Premier constat: j’ai une chance folle de supporter la vue du sang. Ce n’était vraiment pas le moment de tourner de l’œil, toute seule avec deux enfants de 2 et 4 ans, des morceaux de verre pointus partout, sans compter un poisson en attente dans un lavabo dont la bonde n’est pas complètement étanche.

Deuxième constat : la seule réaction de Raphaël devant la catastrophe a été "Berk, du sang. Attentionnnn Maman, tu en as mis par terre!". Mes enfants n’ont aucune compassion. Maniaque, va ! Commence par aller ranger ta chambre, tu veux ?!

Troisième constat : avoir un doigt invalide, c’est embêtant. Mon addiction à l’ordi (sans parler de ma vie professionnelle) en prennent un coup. Imaginez. A chaque fois que je tente de taper un Z, un S ou un X, ou même un é, je tape une ou deux lettres en plus. J’ai rarement autant utilisé la touche "effacer" de mon clavier.

Quatrième constat : J’ai maintenant trois poissons rouges dans un bocal prévu pour un seul. On va dire que c’est plus convivial ?…

« Barbotez-les tous »

grainedeviolenceC’est une zone de non-droit. Une jungle. Vous pouvez bousculer, malmener, arnaquer, et il y a de fortes chances que le crime reste impuni: les autorités ont depuis longtemps renoncé à démêler la plupart des affaires un peu louches. En cas de doute, elles se servent au passage et l’objet d’un litige est confisqué sans autre forme de procès.

Ça s’appelle une cour de récréation de maternelle.

Ne me demandez pas le détail, mais je pense que c’est à l’époque où j’en fréquentais une moi-même que j’ai dû décider qu’il était beaucoup plus intéressant et surtout moins dangereux de passer les récréations à jouer toute seule et à s’inventer des histoires que d’essayer de se faire des amis parmi cette bande de psychopathes. Choix discutable s’il en est.

Je viens de (re?) découvrir, à travers une mésaventure de Raphaël, qu’y règne aussi (déjà!!) une forme de snobisme, d’effets de mode :on y convoite des objets parfaitement inutiles (du moins à leur âge), uniquement pour le plaisir de posséder.

J’ai nommé les cartes Pokémon. trainerVous  connaissez un seul enfant de maternelle capable de jouer aux Pokémon, vous ? Le jeu est très complexe : il y a autant de règles que de cartes différentes. Plus de 150 cartes dans la série initiale, sans compter les nombreuses séries supplémentaires : "Forces Cachées", "Légendes Oubliées", "Gardiens de Cristal" "Fantômes Holon", et j’en passe. et la pochette annonce qu’il convient aux enfants "à partir de 10 ans".

Néanmoins, Raphaël en a réclamé, et s’en est fait offrir. Par son papa, ce qui fait que je ne connais toujours pas le prix exact de ces petites cartes colorées. Selon la rumeur, il serait particulièrement démesuré par rapport à la  nature et à la surface desdits bouts de carton.

Bref, Raphaël est parti à l’école avec quatre (ou six? Je n’étais pas présente au moment des faits) monstres de poche. Et en est revenu avec zéro.

"Il y a plein d’enfants qui m’en ont demandé, et maintenant, je n’en ai plus."

Et même :

"Il y avait des enfants qui m’ont dit qu’ils me donneraient d’autres cartes en échange, mais après, je me suis aperçu qu’ils ont menti".

DragoniteJ’ai interrogé l’animatrice du centre de loisirs, en fait parce qu’il m’était venu un doute : les cartes étaient peut-être interdites à l’école ?

"A l’école je ne sais pas. Ici, en tout cas, oui. Si je vois des enfants qui en ont, je les confisque pour les ajouter à ma propre collection, hi hi hi".

D’après elle, lorsqu’il y a des Pokémon dans les poches des enfants, c’est l’anarchie. Certains enfants ont zéro carte le matin et un joli petit tas le soir. Il y a des "donations" plus ou moins volontaires, des "prêts" qui deviennent des dons forcés. Au final, personne ne sait discerner ce qui était à qui au départ.

Je sais bien que c’est en se faisant arnaquer à 4 ans, ou en croyant se faire des amis en offrant des jouets, ou en faisant des marchés plus ou moins avantageux alors qu’on fréquente les petites écoles, qu’on prend aussi quelques leçons qui ne font pas forcément partie du programme officiel...

Cassée la voie

Il y a des jours où j’aime bien les problèmes de circulation de ma ligne de trains.

trainsourireDepuis presque deux ans, je prends très souvent le même train à la même heure. Et j’y trouve parfois les mêmes gens sur le quai. Oui, mais voilà, j’ai une incapacité sociale telle que depuis le temps, je n’avais adressé la parole à aucun. Des petits hochements de tête de reconnaissance ou des légers sourires, et puis basta. Oui, j’ai beau être pleine de bonne volonté pour établir un contact amical avec les terriens, je suis un peu autiste.

Et bien lorsque je suis arrivée ce matin sur le quai, et qu’il m’a paru plus chargé que d’habitude (in petto : "un train a dû être supprimé. Chouette, pour une fois que ce n’est pas le mien"), il a miraculeusement suffit d’un regard interrogateur, d’un rien, pour entamer la conversation avec deux de mes voisins habituels.

"Déraillement à la gare de [deux gares avant]. Le prochain train est dans quinze minutes. Ils ont annoncé ça il y a deux minutes". Et j’ai enchaîné sur la rareté du phénomène. Le reste est allé tout seul.

Nous avons épilogué sur notre mésaventure commune (que tous les cheminots me pardonnent les plaisanteries douteuses que j’ai pu émettre sur leur dynamisme et leur capacité de réactivité. Rien n’est plus facile que de nouer une conversation contre un ennemi commun, et vous avez fait l’affaire). Nous avons émis des hypothèses alarmantes sur la densité humaine du prochain train (allait-on pouvoir s’y glisser? Quid des gares suivantes?). Nous avons averti la dame qui courait le long de la gare, dehors, que ce n’était pas la peine de se presser : elle attraperait son train, même en marchant.

Et nous nous sommes réjouis de concert lorsqu’un train est arrivé beaucoup plus vite que prévu, avec en plus des places assises. Bref, tout bénef.

Soyons fous : si ça se trouve, à la prochaine catastrophe ferroviaire, je lui demanderai son nom, à la voisine de quai ?

L’herbe y pousse

poissonCette fois-ci, je me l’étais promis, je prendrais soin de lui. Je soignerais son cadre de vie pour qu’il reste avec nous le plus longtemps possible. Je le chouchouterais, le bichonnerais, le nourrirais, pour qu’il ne lui vienne ni idées d’évasion à risque, ni envies d’en finir avec la vie.

Bref, j’ai décidé de racheter des poissons rouges. Et une algue, pour la verdure, le décor et l’oxygénation de l’eau. Accessoirement, la présence d’une algue permet de pallier commodément à quelque oubli de donner de la nourriture aux bestioles : si on ne leur donne pas leurs paillettes, les poissons bouffent la plante, et survivent comme ça. J’appelle ça une précaution gagnant-gagnant. Amen.

Donc trois poissons rouges (pour qu’il n’y ait pas de jaloux, et puis des fois qu’il y en ait encore un qui meure, hein). Une algue touffue. Un joli rocher pour jouer à se glisser dedans. Et on passe à la caisse de l’animalerie, après avoir fait la queue pendant que les enfants s’émerveillaient en circulant entre hamsters, souris, perruches et lapins divers.

Au moment où j’allais partir avec tous mes sacs :

La vendeuse (écartant un doute) : "Au fait, vous savez, hein ? Il faut les acclimater".

Moi (ébranlée mais prête à m’instruire) : "Ah bon, comment ça? "(en fait, c’était peut-être plus proche du "Hein?")

La vendeuse  "Et bien, vous prenez le sac des poissons, vous le laissez une demi-heure sur l’eau de l’aquarium pour que les températures s’harmonisent, et ensuite vous percez le côté du sac pour leur permettre de passer du sac à l’aquarium… vous avez bien un aquarium?"

Moi (pas à l’aise et faisant comme si c’était un peu la même chose) : "Heu… un bocal, oui."

antibocalLa vendeuse (en plein diagnostic) : "Quelle taille?" Moi (me croyant sincère, mais en fait grossissant assez considérablement la réalité)  : "A peu près comme ça"

La vendeuse (péremptoire) : "Il faut à peu près deux litres d’eau pour 1 centimètre de poissons".

Moi (sans voix). "…"

La vendeuse (probablement entre le mépris et la pitié) : "Il va peut-être falloir revoir votre équipement… " En une minute environ, je suis donc passée de "femme qui tient au bien-être de ses compagnons à nageoires" à "folle inconsciente bourreau de poissons". Oui, même en ressortant un autre bocal (plus petit) pour mettre le plus petit poisson, ils manqueront cruellement d’espace.

Depuis, je suis allée voir et là. C’est encore pire : "prévoir un minimum de 60L pour un premier aquarium" (quand ce n’est pas 250L). "Si le poisson est dans un bocal, alors sa croissance s’arrêtera naturellement, mais ceci dans de grandes souffrances…". J’ai eu plusieurs fois des poissons rouges et croyais bien m’en occuper. Enfin, à peu près. Je lis seulement aujourd’hui qu’il faut faire reposer l’eau pendant trois semaines avant de la mettre dans un bocal de poissons. Rapé. Je pense que ma vendeuse a gagné une nouvelle visite de ma part dans les semaines qui viennent.

Le Mystère de la Salle de Bains Bleue

… ou l’énigme du Doudou Passe-Murailles, si vous préférRouletabilleez.

Oui, vous avez bien lu. Jai été le témoin d’une expérience quasi-surnaturelle : la téléportation d’un doudou.

Prenez un doudou (un bout de foulard en l’occurrence) de couleur vaguement bleue, humecté d’eau à la suite d’une bêtise conçue, mise en scène et produite par Laura. Hummph.

J’ai mis le doudou en question à sécher sur un petit séchoir métallique, d’environ 60 cm de hauteur, dans la salle de bains, nonobstant le désaccord manifeste de sa propriétaire, que j’ai laissée devant la porte (fermée) de la salle d’eau, se roulant par terre en signe de dépit et de mouvement social unipersonnel.

Entendons-nous. Jusqu’à nouvel ordre, Laura ne sait, ou ne savait pas, ouvrir la porte de la salle de bain. Elle ne pouvait donc  en principe pas récupérer le bout de serpillière le précieux foulard. Et pourtant, elle s’est présentée environ deux minutes plus tard pour un petit câlin dans mes bras, avec ledit doudou, que j’ai d’abord pris pour un autre bout du même foulard bleuté (les doudous-foulard ont tendance à se déchirer en plusieurs morceaux).

Puis, un témoin de la scène m’a mis la puce à l’oreille en venant retracer spontanément l’incident dans tous ses détails sur le lieu du crime (la salle de bains) :

"Regarde ce qu’elle a fait, Laura ! Elle a commencé par allumer la lumière, et puis elle a ouvert la porte, et regarde ! Le doudou n’est plus sur le séchoir. Et il n’est même pas par terre". Le témoin du crime était éloquent, très convaincant. Trop convaincant même.

holmesJ’ai replacé le doudou sur le séchoir, refermé la porte, et dit à Laura qu’elle pouvait aller récupérer son doudou. Elle m’a regardée, l’air impuissant, puis la poignée de la porte (toujours trop haute pour ses menottes). Puis moi. Puis la poignée de la porte. Toujours l’air de ne pas trop savoir quoi faire.

J’ai regardé Raphaël.

"Dis donc, Raphaël, ce ne serait pas toi qui as ouvert la porte à Laura?..."

Sourire en coin un peu gêné de l’intéressé.

"Mais je lui ai interdit de toucher au doudou ! Et elle m’a dit qu’elle n’allait pas y toucher, mais je crois qu’elle a menti!"

La loi universelle des enquêtes policière a encore frappé : c’est toujours la faute des autres.

Si Perrault m’était conté

Un gentil libraire m’a offert un petit recueil de contes de Charles Perrault à l’attention de mes demi-clones. En version originale sous-titrée (c’est-à-dire avec quelques remarques explicatives sur le vocabulaire et la grammaire utilisés). Evidemment, parce que le style de langage tranche un tantinet avec le style des contes pour enfants. On a des tournures comme "ils ne purent parler de cela si secrètement qu’ils ne fussent entendus par le Petit Poucet, qui fit son compte de sortir d’affaire comme il l’avait déjà fait ; mais quoi qu’il se fût levé de bon matin…" etc, etc. Intelligible quand on est allé au lycée, mais un peu moins quand on a 4 ans. Il y a aussi des mots qui ont changé de sens depuis, et qu’il faut expliquer. Quand la future fiancée de Barbe-Bleue commence à le trouver "honnête homme", c’est qu’elle est en train de craquer pour lui, pas qu’elle admire sa probité. Plus tard, "Il faut mourir, Madame, et tout à l’heure", ça ne veut pas dire un peu plus tard. Ca veut dire tout de suite. Barbebleue Ce qui est curieux, c’est que ça n’a pas dérangé mes demi-clones. Raphaël a écouté religieusement les histoires que je lui y ai lues, et malgré quelques questions, il suit visiblement la majeure partie de l’intrigue. Par exemple, dans "Barbe-Bleue", aussitôt la clé du fameux cabinet confiée à Madame Barbe-Bleue et le mari d’icelle parti en voyage d’affaires, a fusé la question "Et alors, est-ce qu’elle est allée voir dans le cabinet?". Il s’est aussi très vite identifié aux Cavaliers qui pourfendent Barbe-Bleue à la fin, et n’a posé aucune question à ce jour sur le fait que l’un d’eux est un "dragon". Le contenu des contes change aussi pas mal. Je sais bien que les "contes du temps passé" de Perrault ont connu plusieurs versions, avant et après lui, mais il y aurait beaucoup à dire sur les différences entre sa version des histoires, et celle qui est restée. On nous cache tout. J’ai redécouvert que quand la Belle au Bois Dormant se réveille après ses cent ans de sommeil, on est à peu près à la moitié de l’histoire. Elle n’a pas un début de vie maritale facile, la Belle au Bois Dormant. Il faut voir, après, ses démêlés avec sa belle-mère qui veut lui manger ses enfants (Jour et Aurore), accommodés à la Sauce-Robert. Un autre exemple. Là où ma version du "Petit Chaperon Rouge"  (illustrée et avec des mots simples, et qui n’explique même pas pourquoi le loup ne mange pas immédiatement la petite fille dès qu’il la rencontre dans les bois, ce qui serait quand même plus logique pour un loup qui n’a pas mangé depuis trois jours), le début de l’entrevue entre le PCR et le loup déguisé en mère-grand se passe ainsi, vous savez, juste avant "Oh, comme vous avez de longs bras": chaperonrouge2 Version édulcorée : "Comment allez-vous, Grand-Mère? interrogea t’elle. -Mon enfant, je suis bien faible, et j’ai très froid ! chuchota le loup. Approche-toi un peu de moi. Le Petit Chaperon Rouge obéit et avança." Dans la version de Perrault, c’est beaucoup plus…euh, comment dire? "Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : -Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi". Le Petit Chaperon Rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa Mère Grand était faite en son déshabillé, et lui dit…" Disons qu’on voit transparaître beaucoup plus nettement la morale finale et l’avertissement aux jeunes filles sur les bad boys mielleux. Il y a aussi beaucoup d’humour. Le Prince qui réveille la Belle au Bois Dormant, par exemple, se garde bien de lui dire qu’elle est habillée comme sa grand-mère (on n’y pense pas assez, mais ils ont cent ans de différence d’âge, ces tourtereaux-là). Une fois la nuit de noces venues, il est précisé qu’ "ils ne dormirent pas beaucoup, la Princesse n’en avait pas besoin". Il y a aussi l’ogre du Petit Poucet qui fait des jeux de mots, en demandant à sa femme d’ "habiller" les petits garçons qu’il croit avoir tués, alors que sa femme croit qu’il veut qu’elle les vêtisse. Je crois que mon passage préféré reste celui où Riquet à la Houppe, qui est très laid, devient le plus beau prince du monde après que sa princesse a accepté de l’épouser. riquetPerrault émet tout de suite des doutes sur la version classique de l’histoire. Il suggère plutôt que c’est la princesse qui est tombée amoureuse de lui et qui le voit plus beau qu’avant : "… [qu’elle] ne vit plus la difformité de son corps ni la laideur de son visage, que sa bosse ne lui sembla plus que le bon air d’un homme qui fait le gros dos, et qu’au lieu que jusqu’alors elle l’avait vu boiter effroyablement, elle ne lui trouva plus qu’un certain air penché qui la charmait ; ils disent encore que ses yeux, qui étaient louches, ne lui en parurent que plus brillants, que leur dérèglement passa dans son esprit pour la marque d’un violent excès d’amour, et qu’enfin son gros nez rouge eut pour elle quelque chose de Martial et d’Héroïque". Mignon, non?

TC sans PC

Si on vous dit "service des urgences", vous pensez quoi ?emerg

1) des blouses blanches affairées et stressées qui courent dans tous les sens, prélèvent du sang pour des NFS et autres contrôles de routines, perfusent, diagnostiquent, sauvent des vies ; des couloirs encombrés de blessés ensanglantés ou de TS miraculées, attendant patiemment que les médecins aient le temps d’examiner leur cas. De préférence avec Georges Clooney dans les parages.

ou

2) un espace de jeu où un petit garçon en pleine forme fait du coloriage, avant d’aller faire du trampoline sur un brancard et de rigoler quand l’interne l’examine parce que ça le chatouille ?

C’est pourtant la seconde version à laquelle j’ai eu droit ce week-end.

Quoi de plus absurde que d’aller aux urgences alors qu’on est en pleine forme ?

Je vous raconte.

fontaine_zen_decoTout est parti de la visite chez Tata (oui, la même qu’hier). Tata vit en célibataire, mais est néanmoins extrêmement bien équipée pour une visite de neveux/nièces en bas âge. Mention spéciale pour sa batterie de jeux éducatifs (ordinateur portable, fontaine japonaise zen conçue sans aucun doute pour que les enfants s’exercent à empiler les petits galets dans les tubes en bambou, lampe ronde fascinante qui change de couleur dans le noir) et pour son canapé aux nombreux coussins assortis.

Ledit canapé et lesdits coussins servent à construire divers jeux éducatifs. Château avec remparts. Caverne où on se cache. Voiture. Et surtout, surtout, une invention de Raphaël appelée, je vous le donne en mille : "la Machine à Pas Beaucoup d’Equilibre".

Je suis sûre que vous commencez à entrevoir où je veux en venir.

La machine en question consiste en un empilement de plusieurs gros coussins. Et on en tombe finalement assez facilement.

Techniquement, il s’est agi d’un Traumatisme Crânien sans Perte de Connaissance. Mais comme Raphaël se plaignait d’avoir mal "sur toute la Terre entière" (à dire en gémissant pitoyablement et en se frottant toute la tête) et surtout parce qu’il a vomi juste après l’incident, il était nécessaire de vérifier que rien de grave ne se passait sous cette tête blonde, pardon, ce crâne blond.

A part ça, il était en pleine forme. Nous avons au total passé deux heures et demie au service des urgences (il ne faut pas être pressé dans ce genre d’endroit), pour un temps total d’examen de 10 minutes environ (5 par l’infirmière et 5 par l’interne) et Raphaël ne s’est pas ennuyé un instant.

D’abord, il y avait plein de jeux pour les enfants dans la salle d’attente : miroir déformant, machine à faire des coloriages électroniques, labyrinthe, table à dessins, et j’en passe.

Ensuite, la salle où l’on a attendu l’interne était vraiment marrante. Un lit qui monte et qui descend, des appareillages et des tuyaux partout, un lavabo magique qui verse de l’eau quand on met la main dessous, bref, plein de trucs intéressants à voir et à se faire expliquer.

droopyEt puis est enfin arrivé l’interne, un jeune homme qui, pour une fois, ressemblait à un médecin urgentiste. A savoir qu’il avait l’air totalement, complètement endormi. L’air de quelqu’un qu’on a tiré du lit de force à trois heures du matin et qui n’a pas encore eu son café. L’air de quelqu’un qui termine une garde de week-end et qui n’a pas dormi depuis 50 heures. L’air de Droopy qui aurait pris un sédatif.

Une ou deux vérifications de routine ("Marche un peu…? Bien. Tu as mal? Pas très beaucoup? Ah, tu es très intelligent, toi."), des instructions marmonnées pour la suite des choses ("Bon, faut le surveiller, qu’il vomisse pas, tout ça."), et c’était fini.

Cet hôpital là, ça vaut bien un square, pour les jours de pluie.