Petite voleuse

Hier, je fus héroïque.

Le beau temps incite parfois à de coûteuses emplettes. Avec des demi-clones, c’est encore pire : on est bien obligé de passer par la case shopping quand la belle-saison arrive et que :

– on a un beau stock de vêtements jolis et en bon état, à la bonne taille, mais qui ne seront utilisables que vers l’automne prochain (quand les demi-clones auront pris cinq bons centimètres et rien n’ira plus) ;

– la crème solaire de l’an dernier est périmée (à ce qu’il paraît, ça se remplace tous les ans),

– les lunettes de soleil de l’an dernier sont restées enfouies quelque part dans un tas d’affaires chez le papa des enfants,

– et les chapeaux de soleil de l’an dernier sont devenus trop petits.

Donc achats. Et mille envies des enfants qu’il faut refuser : OOOOH oui, que c’est joli, mon chéri, ce surf Spiderman Mais vois-tu, ça ne sert à rien de l’acheter, on ne pourra pas s’en servir puisqu’on n’a pas la mer ici. hahaha. Allez, va donc le remettre à sa place. Oui, oui, magnifique aussi, ce liquide à bulles Dora l’Exploratrice…. etc, etc. Jusqu’au moment de passer à la caisse pour un montant d’achats à peu près égal au PIB de la Gamsakadobie : Non, ce sac à dos (encore cette Dora!), tu n’en as pas besoin, voyons !… Tu as déjà un autre sac à dos (d’ailleurs où est-il passé celui-là ? Aurait-il échoué chez le papa, encore une fois?). Bref, une fois ruinée, et sur le chemin du retour, je remarque une certaine épaisseur derrière le dos de Laura, assise dans sa poussette. Une épaisseur verte. … C’est à nous, ça?… Je regarde de plus près. Enfer et damnation. C’est le sac à dos de Dora. Tout aplati. Sans que je m’en aperçoive, pendant que je réglais, Laura a réussi à mettre se mettre le sac sur le dos avant de remonter dans la poussette. On est sortis du magasin avec, et sans l’avoir acheté. Ca ne porte pas un nom, ça ? On est à cent mètres de la maison. Alors je me suis dit qu’on était presque arrivés, que le mal était fait et que tant pis, que ce n’est pas un pauvre sac à dos pour enfant qui allait mettre sur la paille ce magasins de pourritures capitalistes qui affichent les prix les plus élevés de la région et qui profitent indûment du fait que j’habite à côté et que j’ai encore assez souvent la flemme d’Sans_titrealler plus loin. Que des disparitions mineures de ce genre sont sûrement prévues au budget de l’entreprise (composée d’atroces spéculateurs, rappelons-le). Que si Laura avait pris ce sac, c’est que sans conteste, ça lui faisait plaisir, -parce que c’est rare qu’elle flashe sur quelque chose à ce point-, et que ce serait cruel de le ramener au magasin maintenant qu’elle avait l’impression que le sac était à elle. Que de toute façon, personne ne viendrait me demander des comptes, maintenant que le cap crucial de la sortie du magasin était dépassée. En plus, rappelons-le, on était quand même presque arrivés à la maisonangelet, alors hein. Au fond, je ne nuis réellement à personne, et notamment ma fille est contente. C’est pas bien, de faire le bonheur de sa fille, peut-être?… Et puis je me suis rendue compte que c’était quand même un peu la voie de la facilité, tout ça. Que garder cette babiole sans la payer, 1) c’était pas beau, 2) ça donnait un très mauvais exemple pour les enfants, insidieux mais tellement parlant. Alors j’ai fait demi-tour. Héroïque, je vous ai dit. Mais pas infaillible : j’ai quand même craqué et décidé de payer l’objet. Vous savez ce qui s’est passé au moment de repasser à la caisse ? Au moment de scanner l’étiquette, la caissière a ouvert le sac et regardé l’intérieur. …….Peut-être qu’elle croyait que je cachais quelque chose dedans pour l’emporter sans payer ? Ce monde est d’un méfiant….

La crêpe de la tentation

C’est, sans aucun doute, un lieu dédié aux plaisirs des sens et à la décadence.

Dès notre arrivée, une jolie hôtesse nous montre notre place. Il s’agit de l’une des six tables alignées sur toute la largeur de la petite crêperie. Le décor est simple, l’ambiance agréable. Reste à savoir si la cuisine est bonne…

C’est là que la géographie des lieux intervient. Car les six tables évoquées plus haut sont à présent toutes occupées, par des convives arrivés deux par deux, à quelques minutes d’intervalle. Les commandes ont été prises à peu près dans le même ordre et au même rythme, et les plats vont donc arriver les uns après les autres en partant de la table la plus éloignée, pour se rapprocher de nous.

Il suffit donc de surveiller la vague successive de délices qui se déposent devant nos voisins pour avoir une idée de ce qui nous attend.

A deux tablées de nous, deux assiettes fumantes, copieusement remplies, atterrissent devant nos presque voisins. Coups d’oeil en coin. S’agit-il d’un plat de la carte, d’une suggestion du jour ? On distingue bien, avec des coups d’oeil obliques presque discrets, d’appétissantes pommes de terre parsemées de fines herbes, mais s’agit-il de poisson ? De coquilles Saint Jacques?… Non!.. non, ce serait inconcevable, impensable : normalement les Saint Jacques sont servies avec des pâtes aujourd’hui. il y aurait eu traitement de faveur, 

De toute manière, ce sont des galettes de sarrasin que nous avons commandées. Justement, juste à côté de nous, arrive une, puis deux galettes de blé noir, dont l’une est accompagnée d’une salade verte et d’une tranche de tomate

Nous sommes fixés : ce sera délicieux.tentation

Sa crêpe avalée, une jolie jeune fille de la même rangée de table se décide : Je m’en tiendrai là, je ne prendrai pas de dessert. Ce n’est pas bon pour ce que j’ai. Crêpe ou glace, vous ne m’aurez pas, je serai forte pour défendre mon tour de taille.

Et à la table voisine, arrivent une coupe de chocolat chapeautée d’une toque de crème chantilly et une énorme crêpe nappée de chocolat, elle aussi décorée de crème.

Les yeux bleus louchent vers l’assiette voisine :

"…Elle me fait envie, la crêpe du monsieur".

Est-ce l’odeur du chocolat chaud ? La pointe de crème blanche, tentatrice, restant un instant au coin de nos lèvres ? Toujours est-il que le temps que la serveuse revienne, la petite blonde avait craqué :

"Je prendrai une crêpe chocolat-banane-chantilly"

C’en était trop pour nous :

"… Copieuse !..

– Elle a succombé!!"

Confuse et rosissante, sous les huées, elle s’est caché le visage derrière son menu.

Mais la crêpe étant réellement succulente, je pense qu’elle n’a pas regretté d’avoir cédé à la tentatrice.

Travaux en cours, espace à vendre?

Le mail d’accroche était très flatteur au départ. Des gens ont exprimé "un vif intérêt" pour mon site (sic!). On veut même me payer. Hourra ! Allelluia ! Je suis reconnue pour mon immense talent littéraire et pour mon oeuvre immortelle. La Pleïade, me voilà ! Ah non, c’est pas pour être éditée ? C’est pour faire quoi ? Ah… des campagnes de pub ?

Le principe est simple. A ma droite, des annonceurs qui cherchent un créneau dans le vent pour se faire entendre : "visibilité, trafic et transformation".  A ma gauche, des bloggeurs réguliers, déjà bien installés, "Leaders d’opinion, experts dans leur domaine d’activité, consommateurs/utilisateurs avertis, animateurs d’une communauté autour de leur site… ils sont tous validés [par nos soins] en raison de la pertinence de leur profil et de l’intérêt de leur blog", qui disposent donc d’un espace où un public a ses habitudes et vient lire/regarder avec intérêt et disponibilité d’esprit. Un mariage parfait. Le réseau de l’un servirait le message de l’autre.

pannoAlors j’ai réfléchi. "relayer" une campagne médiatique. Pour 5 euros (c’est le prix minimum ), offrir à un annonceur un espace publicitaire qui doit obligatoirement rester intact sans limitation de durée (Bin non, on n’a pas le droit de modifier ou de supprimer un article publié). Et surtout, perdre une partie de la liberté que j’ai à écrire, puisque mes articles devraient être approuvés avant d’être rémunérés. Un "bouche à oreille", mais sans spontanéité, un buzz orchestré, une spontanéité feinte, une rumeur artificielle, dont je serais l’actrice.

Dès que j’aurais accumulé 100 euros, je pourrai être payée "à 45 jours". Je pense qu’à ce propos, il faudrait vérifier si les annonceurs, eux, doivent payer d’avance, car si c’est le cas il y a baleine sous gravier.

 

Il y a un système de parrainage, où l’on est rémunéré selon les gains de ses filleuls lorsque l’on a réussi à faire inscrire une connaissance au même réseau. Je ne sais pas, ça m’a toujours mise mal à l’aise, ces systèmes là.  Comme si on chosifiait une connaissance, comme si on instrumentalisait un rapport humain. Comme si le rapport que l’on a avec quelqu’un perdait de sa pureté en devenant en partie une affaire de sous. Mais oui, vous avez sûrement raison, c’est sûrement vrai, tout le monde y gagne. Bin oui, mais ça me chiffonne quand même sérieusement.

Il semblerait, qu’ils disent, que ma ligne éditoriale soit tout à fait dans la problématique des annonceurs. J’ai demandé des précisions par mail. Devinez de quoi on m’a parlé ? Mode et déco. Je défie quiconque de trouver sur ce blog un seul article de déco et/ou plus de trois articles qui parleraient de vêtements. Non, vraiment, je doute fort d’être une "experte en conso" pour quoi que ce soit qui soit vendable. Et surtout j’ai eu cette vision. Internet ne serait plus qu’un immense espace publicitaire. Il n’y avait plus un seul contenu qui ne chercherait pas à vendre quelque chose. Non seulement on filtrerait des centaines de spams par jour. Non seulement à chaque page de surf, on aurait des pop-ups et des pops-under, sans compter ces écrans qui viennent se placer devant la page que vous voulez lire et qu’il faut fermer avant d’arriver au contenu lui-même. Mais en plus, lorsque vous auriez fermé tous les écrans parasites, lorsque vous vous sentiriez enfin un peu détendu, un peu réceptif (c’est justement ce qu’ils cherchent), vous retrouveriez dans vos blogs préférés les mêmes marques qu’on vous a déjà martelées ailleurs. Impossible de savoir si le bloggeur écrit parce qu’il a vraiment aimé, ou parce qu’il a besoin de ses 5 euros.    Un Net écoeurant, parasite, saturé. On en est peut-être presque là, mais je n’ai pas eu envie d’y contribuer. Vraiment pas.

Et vous ?…….

 » ‘Vaut mieux entendre ça qu’être sourd »

Le silence est presque absolu. Les murs sont insonorisés. Je ne suis pas seule : à côté de moi, un homme au commandes d’une petite merveille de technologie. J’ai le casque sur la tête. J’écoute attentivement.

– Biiiiiiip biiiiiiip biiiiiporeille – J’entends.

Un temps.

Biiiiiip biiiiip biiiip – J’entends à droite.

Puis plus rien. Certainement il y a un son, que mon oreille n’est pas ou plus capable d’entendre. Puis un autre son, très grave celui-là.

etc, etc.

Si je suis là, à écouter les bruits quasi imperceptibles de l’audiomètre, c’est parce que j’ai décidé de faire un bilan d’audition, à cause d’une gêne que je ressens à entendre certains bruits. Ce n’est pas que je n’entends plus, c’est que j’entends -parfois- trop fort. Imaginez une fin de journée où lorsqu’une collègue vous parle, c’est aussi pénible que si elle hurlait, où lorsqu’on ferme une porte ou un placard, vous avez l’impression que le bruit fait écho dans votre boîte crânienne ? Et bien c’est moi, les jours de grosse fatigue. (Comment dites-vous? …Oui, bien sûr, à jeun). C’est étrange tout de même. On a beau savoir que nos sens ne nous rendent pas compte de toutes les fréquences sonores ou lumineuses, c’est autre chose de toucher du doigt (pour ainsi dire) le fait que quelque chose existe et qu’on ne l’entend pas, que l’outil qui me sert à entendre n’est pas assez performant pour entendre tout ce qui existe. Il suffit d’un tout petit décalage de fréquence ou de volume, et un son n’existe pas pour moi.

Le résultat est tombé : J’ai une excellente audition. Je m’en sors avec une ordonnance de magnésium. Vous le saviez, vous, qu’on peut soigner les oreilles avec du magnésium?…….

L’annonce faite à mes chefs

  Ca y est, je me suis lancée. J’ai rencontré deux candidats, j’en vois un autre ce soir. Reste à annoncer ça à mes chefs. Mais comment procéder ?

"J’ai l’honneur de vous demander un DIF". Non, trop sec.

"Je souhaite faire un point sur mes compétences professionnelles afin de veiller à être au top de mon efficacité dans votre grande et brillante société" Non, trop hypocrite : de toute façon ça se verra que j’ai une idée derrière la tête : si je veux faire un bilan de compétences, c’est pour changer de fonctions, pas pour être encore plus au top dans les miennes. Et dans la structure où je travaille, à première vue, sauf vérification, il n’y a aucune évolution possible pour moi.

"Ha ha, bande de radins, vous allez devoir me payer une formation, ça vous apprendra à ne pas m’avoir augmentée ni formée depuis des années! Et en plus c’est la loi, vous êtes obligés, bien fait pour votre pomme!" Un peu aigri, non ?

Bref, j’ai décidé de faire un bilan de compétences. Pour l’instant, j’en suis au stade zéro : le choix d’un centre.

galeryCe qui est fabuleux avec ce genre de structure, c’est que ça a beaucoup, beaucoup de classe. C’est une petite structure, mais logée dans des locaux spécialisés, des hôtels d’entreprise. Autrement dit, même s’il y a deux personnes qui y travaillent, on a quand même droit à la visite au 33ème étage d’une grande tour d’affaires, aux locaux lumineux, à la décoration de fausses fleurs (mais qu’il faut examiner de très près pour se rendre compte qu’elles ne sont pas naturelles) dans des bocaux de verre, à l’accueil d’une jolie hôtesse d’accueil qui vous offre le café.

Il y a un détail qui m’a amusée, assez significatif.

Dans les toilettes des femmes, il y a deux petites cabines de WC. Et six lavabos. Oui, oui, deux magnifiques rangées, avec des miroirs partout, un Versailles des toilettes, bien plus versé dans le genre "temple de la beauté" que du classique pipi-room. Aucune excuse pour ne pas être resplendissante à toute heure du jour, même après douze heures de négociation acharnée.

Je n’ai pas osé aller regarder chez les hommes si c’était pareil. A mon avis, non, car ils se repoudrent le nez moins souvent.

Un autre monde.

Plagiat

copiteurJe me suis aperçue avec surprise que certains articles de mon blog étaient recopiés tels quels sur au moins une autre page.

C’est d’un goût exquis. Sous le mot-clé "lactation", deux de mes articles, compactés en un gros blog indigeste, sans image et sans saut de ligne, avec en décor de fond  des publicités croustillantes pour des sites de jeu de hasard ou pornographiques. Bref, le Net dans ce qu’il a de plus classieux. D’ailleurs, qui est-ce que je côtoie avec ce mot-clé ? Des articles de blog très champêtres. Granges, vaches laitières irlandaises, etc.

Il n’y a évidemment aucun lien vers mon blog.

Qu’y faire ?

Sur le conseil de Ralphy, (qui m’explique que "en fait, il utilise le contenu de blogs tiers pour créer des pages satellites sur son site afin d’améliorer son référencement sur les moteurs de recherche."), j’ai contacté l’hébergeur (néerlandais!) et le propriétaire du site, sans grand espoir et sans réponse jusqu’ici. J’ai aussi fait signe à Canalblog -après tout, c’est elle qui touche les recettes publicitaires des sponsors qu’elle met sur mon blog-, sans résultat non plus. Il existe, semble t’il, un mode d’emploi pour ce genre d’activités juteuses (s’il s’agit du même type de mécanisme, ce dont je ne suis pas sûre)

Sur Canalblog, on ne peut pas (du moins avec le service gratuit que j’utilise) bloquer les flux RSS, mais seulement les limiter aux premières lignes des articles.

Et voilà pourquoi, dans votre aggrégateur de blogs préféré, vous ne pouvez plus lire mes articles en entier…

Le monstre du Loch lace

StreumEst-ce qu’il vous est déjà arrivé de tomber nez à nez avec une chose monstrueuse, mi-bête, mi-chose, dans le salon de votre mère ? Mes tout-petits étaient en danger et je n’en savais rien. J’étais probablement en train de vaquer à l’une des mille occupations quotidiennes d’une mère indigne dévouée, quand j’ai entendu le cri de détresse de mon fils. "Mamaaannn ! Viennnns!" L’oreille d’une mère est très fine (même si dans certains cas elle est en cours de détérioration à cause de son grand âge). La mère sait déceler presque aussitôt, au son du cri de son petit, s’il y a accident (un premier cri, suivi d’une très longue pause pour reprendre son souffle, avant le deuxième pleur. Plus la pause est longue, plus c’est grave), simple caprice (pleurs plus longs), dispute (pleurs en stéréo), etc. dentelleLà, il y avait quelque chose d’inconnu et d’inquiétant, c’était audible. J’ai volé à son secours. "Mamannn ! Il y a un torchon géant sur la table!" C’était la nappe que j’avais mise, pour changer, dans un souci esthétique et aussi pour protéger la table lors du repas des demi-clones. Il faut dire que cette saleté de table est dotée d’un espace entre le plateau et le cadre, dans lequel aiment se loger couverts, gouttes de yaourt et lambeaux de nourriture. Miam. Un torchon géant. Ma nappe à carreaux. S’il commence à me trouver ringarde à 4 ans, on va rigoler à l’adolescence.

Attente floue

attenteC’était un rendez-vous important. J’ai dû accélérer le pas pour arriver à l’heure. J’entre, me présente à sa secrétaire, m’assois… Et elle m’a fait attendre plus de deux heures. Oui, mais voilà, j’avais pris ce rendez-vous depuis un moment déjà, et il me fallait cette prescription pour de nouvelles lunettes.

Et puis il y a une tendance très humaine d’aller jusqu’au bout de ce que l’on a commencé, il y a même des stratégies commerciales finaudes qui se basent là-dessus (il y a un terme technique pour ça, du genre "pied dans la porte" mais il m’échappe) : on commence par vous faire miroiter quelque chose comme conséquence d’un acte simple ("Juliette, 21 ans, 95C, veut vous parler, cliquez ici pour lui répondre en direct live, peut-être même qu’elle branchera sa webcam") puis par ajouter petit à petit des obstacles (une première page où on vous demande votre e-mail, puis une seconde où on vous demande si vous voulez vous inscrire au site pour trois, six ou douze mois, sachant qu’il y a une réduction de 15% si vous signez pour un an).

C’est aussi la raison pour laquelle, si vous avez à prendre le bus et qu’il est en retard, le fait de savoir que le bus peut arriver d’un moment à l’autre et que vous avez déjà attendu 5, 10 ou 15 minutes, fait que vous continuez à attendre au lieu de vous mettre en route à pied, même pour un trajet de 15 minutes.

Bref, je suis restée. Certes, j’aurais pu partir en claquant la porte, reprendre une autre date, libérer une autre demi-journée… mais je suis restée. Attendre trois semaines de plus pour mon ordonnance, ça commençait à faire beaucoup. floue

Lorsque mon tour a fini par arriver, j’ai fait remarquer à l’ophtalmo, mine de rien, que l’attente avait été longue. Elle ne s’est pas excusée, et a simplement dit que de cette manière, elle ne perdait pas de temps si un patient se décommandait à la dernière minute.

Surbooking ? Passif-aggressivité ? J’ai détesté cette explication : ce n’était pas une maladresse d’organisation ponctuelle, mais un choix délibéré, partant du postulat que le temps de la praticienne est précieux et que les patients (c’est bien le terme) n’ont rien d’autre à faire de la journée que de lire des revues people dans une salle d’attente. Il vaut mieux qu’il perdent tous entre une heure et demie et deux heures et demie, que l’ophtalmologique perde un petit quart d’heure.

C’était il y a plusieurs années.

Et là, il me faut des nouvelles lunettes, puisque les miennes ont rendu l’âme, comme je l’expliquais dans le billet précédent. Cette fois-ci, j’ai choisi de voter avec mes yeux (puisqu’il ne faut pas voter avec ses pieds), et de me faire conseiller une autre crèmerie.

Je le vois la semaine prochaine. Il paraît même qu’il est beau gosse.

Sensible

Aïe ! Non, ça ne va pas.. L’objet, même humide, est trop rigide, mes muqueuses trop sensibles. Ça a marché du premier coup de l’autre côté, mais là, c’est trop épais, trop douloureux. Et puis, il faut toujours prendre ses précautions quand on manipule un corps étranger autour de ces zones fragiles. Une irritation est vite arrivée. En lubrifiant un peu peut-être ? Quelques gouttes de liquide clair coulent sur la rondeur de l’objet en plastique.regarddecanard

Et je réessaye, écartant doucement du bout des doigts les bordures de chair délicates pour introduire le plastique bleu. Aïe ! Ca pique, ça irrite. Nouvel échec.

Il faudra forcément que j’y arrive. Je ne peux pas partir bosser sans. Peut-être une question de propreté ? Une poussière invisible qui se serait collée sur le plastique ? Je recommence le nettoyage déjà effectué hier. Frotte, frotte. Rince, rince.

Cette fois, ça marche : Victoire ! j’ai réussi à mettre mes lentilles de contact. Je ne dois pas avoir un regard très frais, mon eyeliner a dû un peu couler, je larmoie un peu, mais c’est fait.

Je n’avais pas le choix : j’ai cassé mes lunettes en jouant avec Laura.

Wednesday night fever

S’il y a un truc formidable quand on est séparée, c’est bien le droit de visite et d’héberglibertyement du papa. Oui, bien sûr, j’adore avoir mes enfants avec moi. Mais les soirs où ils sont chez leur père, (même en pleine semaine), par contraste, c’est synonyme de soirée de liberté absolue, de farniente ou de grand ménage, au choix. Bref, un peu comme une célibataire, sauf qu’on apprécie encore plus parce que c’est devenu plus rare. Finie la course-circuit avec les étapes invariables train-voiture-crèche-école-courses  (le cas échéant) -dîner-dodo. Fini le coucher parfois laborieux des enfants. Et quand, enfin, ils sont sous la couette, passés par les toilettes, quand ils ont eu leur verre d’eau, leur câlin et leur bisou, il faut rester quelques instants assise dans le couloir (j’ai fait beaucoup de progrès depuis l’initiation de Laura à la physique quantique), et ne pas faire de bruit, histoire de ne pas perturber le marchand de sable. Ce n’est qu’après qu’on peut mener à bien les menues tâches (débarrassage de table…), le minimum vital qui fait que Emerence, quand elle arrive à 7 heures, ne s’enfuit pas en hurlant d’horreur au vu de l’état de décrépitude dans lequel est tombé mon chez-moi.

Bref, j’attendais avec impatience LE soir où, après près de trois semaines de quasi-indisponibilité pour cause professionnelle, Lex allait pouvoir héberger les deux enfants pour la nuit.

J’allais pouvoir faire les choses les plus folles. Prendre un bain, peut-être. Ou regarder la télé pour de vrai, au lieu de jeter un oeil sur quelques courtes vidéos glanées sur Youtube. Et pourquoi pas aller au cinéma, ou faire les vitres? Non, vraiment, ça allait être d’enfer. Du jamais vu, de la folie pure de ouf de la mort qui tue. Ensuite, j’enchaînerais sur une grasse matinée, puisque je pourrais facilement dormir une heure de plus le matin avant d’aller bosser.

Evidemment, quelques heures avant l’heure prévue pour les récupérer, j’ai reçu un message téléphonique de Lex : il avait rendez-vous le lendemain matin, à 9h30, à 2000 km d’ici, et besoin de mon aide pour le soir.

J’ai dû passer mes envies de meurtre sur la peluche Dora l’Exploratrice.