Des souris et des décapodes

Elle était recroquevillée sur elle-même, toute seule sur l’immense table. Elle devait être complètement engourdie par le froid et ne bougeait plus. Seuls ses yeux tressaillaient par moments, lorsque l’enfant jouait à lui passer la main devant les yeux ("Regarde ! Il me suit!"). Elle ne réagissait pas non plus lorsqu’on touchait sa carapace glacée, ses pinces et ses pattes restaient repliées sous son ventre, elle qui avait dû être si agile autrefois, quand elle vivait dans l’eau. Cette pauvre dame crabe avait-elle conscience qu’elle était dans un très, très gros pétrin ?

Selon Natacha, les souris peuvent subir un certain nombre de choses douloureuses ou cruelles dans le cadre d’un laboratoire de biologie. Mais rien " qui ne soit pas justifié par un bienfait potentiel beaucoup plus grand pour les humains (sinon c’est interdit)".

Evidemment, c’est assez réconfortant s’agissant d’une expérience de biologie. Mais en matière culinaire ? Tout ce qui vient de la mer est particulièrement mal loti en la matière. Ils sont physiquement très différents de nous, et en plus, ils sont muets. Donc non seulement on s’identifie moins facilement à eux, mais on peut les attraper avec un crochet qui leur écorche la mâchoire, les couper en deux vivants ou les plonger dans l’eau bouillante, sans les entendre crier, ni gémir, ni pleurer.

Quand on plonge quelqu’un dans l’eau bouillante, a t’il atrocement mal ou perd-il conscience immédiatement? Et quand le quelqu’un est un animal à carapace, commence t’il à souffrir uniquement lorsque sa propre carapace commence à le brûler, échauffée peu à peu par l’eau chaude, en commençant par les pattes, là où la carapace est plus fine et la chair certainement très innervée?

Quelques heures plus tard, quand le crabe s’est retrouvé faire partie d’un magnifique (et succulent) plateau de fruits de mer, …je n’ai pas eu envie d’en manger.

Voisin, voisine

Il était une fois, au millénaire dernier, un prince charmant qui était parti voir le monde pendant un an (on appelait ça le service militaire).

Sur le chemin du retour, en traversant le royaume voisin, il rencontra une bergère dont il tomba rapidement amoureux. Mais le devoir l’appelait dans son royaume. Il rentra donc chez lui, en promettant de venir voir souvent la bergère.

Heureusement, il suffisait d’un saut de TGV pour arriver chez elle. Pendant quelques mois, ils passèrent presque tous leurs week-ends ensemble, tantôt dans l’un des royaumes, tantôt dans l’autre. Comme ils aimaient bien écrire tous les deux, ils s’écrivaient assez souvent. Il finit même par l’aider à installer Internet chez elle pour passer au mail.

C’était très mignon et un peu triste aussi. Les semaines étaient bien longues l’un sans l’autre, et entre le moment où le prince descendait du blanc destrier TGV (il se mettait près de la locomotive, pour aller plus vite) et le moment où, le dimanche soir, le train s’éloignait au loin avec le prince à son bord, il ne semblait y avoir qu’un éclair, quelques moments précieux passés trop vite.

Il faut dire que cette godiche de bergère avait accepté de garder un troupeau de mouton pendant une partie de son week-end, alors ça n’arrangeait pas les choses. Il y eut rapidement de la démission dans l’air de ce côté là.

Au bout de six mois, la bergère mit toutes ses affaires dans une camionnette de location et tous les deux s’installèrent dans un joli petit château au bord d’un lac.

Ils vécurent heureux pendant quelques mois et n’eurent aucun enfant. Et puis le prince décida que finalement, il avait peur de s’engager trop vite et que la bergère ne lui plaisait finalement pas tant que ça. On en resta là et la bergère rentra dans son royaume. Mais c’est une autre histoire.

A cet époque là, personne n’avait d’attache. Il n’y avait pas de petits princes et princesses en bas âges, pas de prince consort à ménager, et même pas de poste où on se serait suffisamment investi pour que s’en détacher pose un véritable problème.

Mais aujourd’hui ? Certes, la bergère a quelques années de plus, et gérerait sans doute mieux aujourd’hui les périodes « sans ». Mais serait-il bien sage d’engager le même type de relation à distance ? Qui dit garde partagée ou alternée dit très peu de longueur de laisse, très peu de liberté géographique. On n’est plus seule à peser dans son choix de vie.

Ah oui, ce serait nettement plus facile de fréquenter un voisin, un qu’on pourrait emmener au cinéma avant de rentrer chacun chez soi (ou pas) d’un coup de métro. Sinon, bonjour le jonglage entre deux emplois du temps compliqués, et bonjour les explosages de forfait de portable tous les mois. SMS compris. C’est pas une vie, ça.

Et pourtant un jour, un début d’histoire pointe le nez… et on ne ferme pas la porte.

Relique rouge

Que faites-vous de la petite bande rouge qui entoure certains livres neufs ?

Vous savez, cette petite bandelette lâchement calée autour de la couverture, prête à tomber à tout moment si vous ouvrez le bouquin, et qui vous informe au choix :

  • que l’ouvrage s’est vu décerner le prix Goncourt, Fémina, ou le Grand Prix de la presse charcutière 1997,
  • qu’il y a déjà tout plein d’exemplaires vendus,
  • que des gens très bien se sont exprimés en termes élogieux sur l’ouvrage,
  • parfois pour vous indiquer en plus grosses lettres le nom de l’auteur, des fois que vous ne seriez pas arrivé à le lire sur la couverture,
  • pour vous spoiler quelques mot de l’intrigue pour vous donner l’eau à la bouche,
  • ou pour vous signaler que l’auteur est déjà celui qui a commis un autre livre très très connu : comme ça, ça vous donne envie de lire celui-ci si vous connaissez le premier ;
  • plus subtil : sur un livre à succès qui va marcher de toute façon, on vous indique que l’auteur est le même que celui d’un autre premier bouquin, paru avant mais qui n’a pas eu le même succès (exemple : "Le Seigneur des Anneaux ! Par l’auteur de Songs for the Philologists"! ou "Jane Eyre!, par l’auteur de The Professor"!)

On est bien d’accord. La petite bandelette de papier rouge sert à vendre le livre. Ou d’autres.

Qu’en faire une fois cette fonction remplie?

La jeter ? Malheureux !!!! Dans la famille où a été élevée Cinn, les livres, tous les livres, et rien que les livres, font l’objet d’une protection quasi-mystique contre le jetage à la benne On peut jeter des magazines ou des journaux à la pelle, mais le plus modeste roman de gare, le plus humble polar, le plus obsolète des livres de collège, doivent être conservés ad vitam eternam, même dans une caisse au fond d’un grenier. Même si on ne les relit jamais. On peut, à l’extrême rigueur, en faire don aux oeuvres, mais on ne le jette jamais. Les oubliettes, oui, la boîte à ordure, onques. Et si j’approche une bandelette rouge d’une poubelle, j’ai l’impression de commettre un sacrilège. Car elle fait partie du livre. C’est un "livre par destination".

La garder pieusement autour du livre pendant la lecture ? Certes, vous maintenez l’intégrité de la présentation de l’ouvrage, mais vous passez votre temps à rattraper les languettes qui tombent. C’est très agaçant.

La plier en deux et s’en servir comme marque-page ? J’ai cru que c’était une bonne idée mais en fait ce n’est pas pratique non plus. Un marque-page de qualité, c’est rigide et pratique à déplacer. La bandelette rouge, elle fout le camp et se déplie en permanence.

La laisser à la maison, sur une étagère, pour qu’elle puisse chauffer la place pour le livre lorsqu’il sera terminé et rejoindre celui qu’elle n’aurait jamais dû quitter?… Mais cela nécessite toute une organisation, est-ce bien pour moi ?…

Voilà pourquoi la plupart des livres de ma bibliothèque qui arboraient une bande rouge à l’achat, la portent encore aujourd’hui.

Hier, j’ai réussi à en jeter une. C’est un progrès, je pense.

Contre mon coeur

Trempé de ma sueur, il est collé contre ma poitrine, juste sous mes seins, serré autour de moi comme s’il ne voulait jamais se détacher. Il m’enserre le poignet. Je l’entraîne dans des envols échevelés, tandis qu’inlassablement, il me parle de moi.

Vous l’aurez certainement compris : mon dernier cadeau d’anniversaire était un cardiofréquencemètre, un petit dispositif composé d’un bandeau qui se porte autour de la poitrine et d’une sorte de montre qui vous indique, entre autres, votre fréquence cardiaque.

Je ne me suis pas encore plongée dans les détails du mode d’emploi mais c’est très sophistiqué : il peut m’indiquer la durée de ma séance de sport, le temps passé dans ma "zone cible" de fréquence cardiaque, la fréquence cardiaque maximale que j’ai atteinte et le nombre de calories brûlées.

Le petit canaillou peut même faire sonner une alarme pour me rappeler de faire du sport au moins tous les trois jours.

C’est très narcissique quand même comme gadget. Pouvoir d’un coup d’oeil vérifier le fonctionnement d’un organe qui n’a jusqu’ici donné aucun signe de mauvais fonctionnement, juste pour le plaisir, ça a un côté égocentrique et assez ludique.

Je sais déjà que ma fréquence cardiaque au repos (allongée) tourne autour de 54-55. A l’heure où je vous écris, j’ai atteint les 87 battements par minute (et pourtant je suis juste assise).  Un jogging matinal (mais cela fait un moment que je n’en avais plus fait) me porte autour de 162-163 battements, et jusqu’à 173 pendant un petit sprint.

Que de calculs passionnants en perspective ! Combien de battements en marchant ? Et en marchant avec Raphaël sur mes épaules et en poussant une poussette ? En plein cours de bodi attack ? En faisant le ménage ? En se livrant à d’autres activités (mais certaines nécessiteront peut-être d’ôter le bandeau, zuuut!!) ?

Quelles sont mes fréquences cardiaques cibles précises, personnelles, uniques, particulières, individuelles ? Je veux dire, le tableau qui prétend que mon organe cardiaque peut monter jusqu’à 184 battements par minute en fonction de mon âge ne tient forcément pas compte de ma physiologie perso. Il faudra faire de savants calculs autour de ma petite personne pour déterminer tout ça.

Et en plus, ça m’aidera à "gérer" mes séances de gym et à surveiller mes progrès.

Que c’est bon de penser à soi ! Merci, généreux fêteurs d’anniversaire.

Objet de fantasme ?

Qui dit femme-objet, réfléchit Anna, l’une des quatre co-bloggeuses de "Mes Copines et Moi",  on a forcément un  maître ou une maîtresse ; mais comme objet de fantasme?

Je ne sais pas si je dois plaindre ou envier la belle Anna. Se faire mater de haut en bas à tout bout de champ, hanter les fantasmes de la plupart des hommes, se faire draguer dans la rue par des dragueurs à la noix en quête d’une "fille qui se la pète pas", recevoir des propositions indécentes d’hommes mariés en quête d’une récréation, tout cela ne fait pas partie de mon quotidien. Allez..! On va même avouer : cela ne m’arrive jamais. Je ne suis pas un fantasme ambulant. Evidemment, ça n’a rien de très flatteur pour mon égo, mais d’un autre côté me faire aborder tous le trois pas même les jours où je suis en rogne, ça ne me tente pas plus que ça. Je ne plais pas à tout le monde et je vis très bien avec. On ne va pas faire du social non plus…!

Dois-tu te sentir dépossédée de toi-même, Anna, lorsque l’on fantasme sur toi ? Non. Rien à voir. L’image que ton interlocuteur se fait de toi dans ses rêves éveillés, il peut lui faire subir les derniers outrages, cela ne te fera ni chaud ni froid, c’est ton reflet et non pas toi. Pour ma part je trouve cela flatteur d’être "objet de désir" mais cela ne m’atteint pas, ne m’aliène pas.

Anna, l’objet de fantasme est son propre maître.

Richesse intérieure

Il paraît que la super ruse de sioux pour les gens qui ont de l’argent, c’est de rouler dans une voiture pas trop fastueuse pour ne pas se faire embêter. Loin du tape-à-l’oeil, tout dans l’esprit du "vivons heureux, vivons cachés".

Si c’est ça, je dois être vraiment très riche. Multimilionnaire, au moins.

Car ma pauvre Titine n’est pas près se se présenter à un concours de beauté. Cabossée de partout, multicolore, elle a aussi subi un vol d’autoradio au marteau (ou quelque chose comme ça) qui a défiguré son tableau de bord, et garde de multiples cicatrices de ses plus de 100 000 km. (si vous ne me croyez pas, demandez à Mister Ghost!). Bref, c’est la Mad-Eye Moody de l’automobile. Quiconque regarde à l’intérieur remarque facilement la présence de deux sièges auto, de quelques jouets ou dessins oubliés par ci par là, de cailloux, feuilles, et autres trésors… bref, ma voiture trahit assez facilement un caractère plutôt familial, sans chichis, et on imagine mal bijoux, pierres précieuses ou autres gadgets high-tech cachés dans des coins.

Et pourtant on a trouvé moyen de s’en prendre à elle. Quelqu’un a utilisé un levier pour écarter sa carrosserie de sa vitre avant pour ouvrir la portière… mais n’a visiblement rien pris dedans et ne l’a pas volée.

Mince alors, tant qu’à faire j’aurais aussi bien pu la laisser ouverte ?

Est-ce un clochard qui a dormi dedans (beurk! Mais pourquoi ne pas avoir choisi une voiture libre de tout siège auto?)? Une petite frappe qui voulait se faire la main sur une poubelle une petite voiture avant de passer à plus gros ? Quelqu’un qui n’a pas réussi à la démarrer ? Un mytho persuadé que cette voiture trop modeste cachait forcément un trésor quelque part ? Je ne saurai jamais.

Pauvre Titine. Comme si elle avait besoin d’une blessure de guerre de plus…

Prénoms d’hier et d’aujourd’hui

Vous est-il déjà arrivé de rencontrer une Hortense, une Pénélope ou un Gauvain ? L’avantage des prénoms inhabituels est qu’ils sont beaucoup plus difficiles à oublier.

Les plus observateurs d’entre vous auront observé que les personnages qui apparaissent dans mes billets récemment ont des noms pour le moins peu courants. 

J’avoue ! J’avoue ! Non seulement je donne des pseudos aux personnes dont je parle (sauf si elles en ont déjà un) mais au lieu de les appeler Marine, Julien, Kevin ou Claire-Morgane comme tout le monde, je vais à la pêche : il s’agit d’un site qui répertorie des prénoms de l’île Bourbon ainsi que des prénoms "d’hier et d’avant-hier".

J’ai une préférence particulière pour ces derniers. Non seulement ils sont à peu près inusités (ce qui me permet de ne gêner personne en parlant de Chrismine ou de Laurestan) mais en plus ils ont un petit charme rétro et décalé que j’aime bien.

Cela dit, je ne demande à personne d’appeler son enfant Charlésien, Vitalien ou Gyptisse… Encore que ?

Théologie, niveau petite-moyenne section

Je vous racontais il y a quelques jours comment j’ai initié Raphaël (2 ans à l’époque) à la théologie, à mon corps défendant.

Un an et demi plus tard, c’est le retour de la vengeance.

Encore une fois, je n’ai rien vu venir. On était au marché, et le clocher de l’église a sonné un coup.

"Il est une heure!" a dit Raphaël.

Je lui ai expliqué que non, que une heure c’était soit pendant la nuit soit après le déjeuner, et que là c’était le matin… bref, je lui ai touché un mot de l’habitude des églises de sonner parfois un coup à la demie d’une heure.

Mais le clocher a remis ça. Un coup, deux coups, trois coups… puis toute une série, qui m’ont rappelé des souvenirs du temps où j’allais à l’église. "Ah, ai-je dit (étourdiment!). Ca doit être l’heure de la messe".

La boulette !!!

"C’est quoi la messe?".

J’avais donc remis le pied dans le marécage. Respirer lentement. Expliquer des choses simples, il est encore petit. Je suis croyante, mais je suis parvenue à des lieues des références religieuses dans lesquelles j’ai été élevée. Lex, quant à lui, est athée, mais issu d’une famille musulmane très croyante et très pratiquante.

Donc, rester neutre. Réfléchir vite. On va à l’église pour prier. Et la seule personne qu’il ait vue prier, c’est…sa grand-mère.

"Dis, tu te souviens quand Tiss faisait sa prière, en se mettant à genoux sur le tapis? Et bien la prière, c’est pour parler à Dieu. Et la messe, c’est quand tout le monde va à l’église tous ensemble pour parler à Dieu.

(… un temps de réflexion. Raphaël imprime, puis:) "Et bien moi, une fois, j’ai vu Papa qui allait à l’église!"

Mince alors. Je l’ai pas vue venir celle là ! Quand Raphaël a t’il pu voir son père dans une église ? En marchant sur des oeufs, la sueur au front, j’ai expliqué que selon la religion qu’on avait, on n’allait pas parler à Dieu au même endroit. J’ai évoqué à titre d’exemple synagogues, églises, et mosquées.

Vous savez ce qu’il en a conclu ?

"C’est comme dans Harry Potter!" .

Il m’avait déjà parlé de "Sainte Marie Poppins"…  ne soyons pas trop étonnés…

Y’a de la voix

Il a un charme irrésistible, des moments de colère insensée, des sautes d’humeur, des exigences de star.  Et surtout, il est capable de beugler de manière quasi-ininterrompue pendant très, très longtemps.

Selon Libby Purves ("Comment ne pas être une mère parfaite"), un bon moyen de se préparer à traverser "l’âge des tornades" des enfants est de travailler pour un "magnat de la presse instable", d’avoir "chaperonné une prima donna au cours de sa vingt-cinquième tournée d’adieu" ou "de devenir l’imprésario d’un groupe punk pendant quelques années". Bref, pas de côtoyer des gens posés et rationnels. A mon avis, il y a du vrai là dedans.

Mais comment fait-il ? Se pourrir la vie par de longues gueulantes. Tout ça parce que l’on convoite un objet détenu par sa soeur et qu’on vous empêche de lui soustraire par voie de fait (traduction : qu’on vous empêche d’arracher des mains de votre soeur le Shrek en plastique avec lequel elle est en train de jouer). Répéter une exigence dix fois, vingt fois, jusqu’à ce qu’elle devienne inaudible, noyée par vos mugissements, alors qu’on vous a déjà dit non dix fois, vingt fois (oui, avec des explications). Hurler alors même que l’on vous parle. Une telle conduite vous amène tout droit en traitement psychiatrique si vous êtes un adulte, et vous fait au passage haïr de vos semblables -la pollution sonore, ça existe-. Evidemment, tout cela n’a rien de rationnel et a plutôt à voir avec le fait qu’à cet âge on a du mal à gérer ses émotions… et aussi, je crois, que Lex, lorsqu’il est avec lui, ne supporte pas de voir Raphaël dans cet état et n’aime pas s’opposer à lui (donc lui cède plus facilement que moi).

Merci, Libby, de m’avoir fait comprendre que je ne suis ni la première ni la dernière à avoir de temps en temps envie de vendre mes enfants au plus offrant. Et aussi que je peux être prête à donner ma vie pour mes enfants sans être obligée de le faire tous les jours.

 

Voyons le bon côté des choses : quand tout ça sera fini, dans quelques années, je serai peut-être mûre pour travailler dans le show business… (Grand Dieu… Mais non, c’est vrai… après, on enchaîne sur l’adolescence..)

Des tours et des clôtures

Mais comment fait-elle ? Kaliuccia, dans sa maison au fil de l’eau, sait raconter comme si vous y étiez ses déboires avec ses clients, son Rahan chéri, ou ses enfants (une adolescente surnommée, au hasard, Boudeuse, et un tout-petit, Timousse)…et très souvent, vous vous apercevez effectivement que ces histoires-là vous rappellent irrésistiblement quelque chose. 

L’occasion rêvée pour une mère qui fait encore ses armes, d’avoir l’avis d’une vétérane qui est passée par les mêmes choses que soi, tout pareil, mais qui est arrivée au niveau supérieur (la bataille de l’Adolescence, sanglante et sans pitié, croquemitaine des jeunes recrues).

Kaliuccia, donc, nous parlait hier de clôtures, dans un très beau, et aussi très désopilant texte sur l’éducation des enfants.

Elle évoque au détour d’une métaphore filée, l’habitude que son Rahan de mari et elle avaient de construire à sa boudeuse d’adolescente, quand elle était petite, de fragiles tours de petits Lego que la petite s’amusait aussitôt à détruire d’un revers de main.

Là, j’ai ouvert de grands yeux.

Mes enfant se sont fait une spécialité de répandre par terre tout ce qui est petit et embêtant à ramasser : petits jouets, légos, perles, et j’en passe. Leur grand bonheur consiste, semble t’il, à renverser entièrement une boîte de légos (ou perles, etc) que je viens justement de fermer après l’avoir remplie d’éléments épars. Fort heureusement, Laura manifeste une certaine docilité vis-à-vis du jeu qui consiste à ranger ("Oh regarde, ma chérie, il y a une autre parle là bas, tu vas la chercher pour la remettre aussi dans la boîte?"), intérêt que n’a jamais, au grand jamais, partagé son frère (qu’une fatigue écrasante envahit dès qu’il s’agit de remettre la moindre bricole à sa place).

En bref, il faudrait que je soit réellement masochiste pour leur construire des tours de Legos. En plus, ils y arrivent très bien tout seuls.

Ils ont eu, eux aussi, leur période "j’aime fracasser par terre les trucs hauts qui ont l’air fragile". Mais je m’arrangeais alors pour que le truc fragile soit facile à reconstruire (une pile de cubes, par exemple. Des gros cubes. Ou un "chateau" de deux poignées de sable, si bac à sable).

Pour survivre en tant que mère, je pense qu’il ne faut pas être trop perfectionniste.