Les jeunes filles en fleur et les femmes en fleur fanée

Ventrebleu, je ne suis quand même pas la seule à voir ça !?

Non mais regardez les regards. Ouvrez lez yeux, bon sang ! Sentez ces gens là. Il y a des beaux, il y a des belles à tout âge. Oui, parfois derrière, et malgré des corps abîmés.

Oui, évidemment, entre 20 et 30 ans, on a une peau, et pour certains une plastique et une grâce, qu’on ne remplace plus après. C’est vrai pour les hommes et pour les femmes.Très agréables à regarder, parfois.

Mais regardez un tout petit peu plus loin que le bout de votre… heu, de votre nez, messieurs. Pourquoi vous faut-il un "beau corps" pour vous convaincre qu’une femme de plus de 30 ans peut être belle ? Pourquoi ne voyez-vous pas un tout petit peu au-delà ? Si vous préférez les vingtenaires, restez-en aux vingtenaires. Tant pis pour nous les vieilles ! Mais tant pis pour vous aussi. J’ose affirmer que vous y perdez.

Non, ce n’est pas la "beauté intérieure", je ne crois pas, pas tout à fait.

Il y a des fleurs fanées qui gardent leur parfum.

Elle a à peine la trentaine, ne ressemble en rien aux femmes des magazines, mais elle est lumineuse comme personne. Elle a 50 ans à peine et a plus d’amoureux et plus de passion dans sa vie qu’elle n’en voudrait. Elle avait 72 ans et je la trouvais belle, dans l’énergie et la bonté qu’elle dégageait. Il avait dans les 80 ans et sortait (quel tombeur!) avec une jeunette de 65. Elle avait 94 ans et je la trouvais belle, dans toute sa fragilité, sa force et sa lucidité.

Je n’ai jamais eu la beauté des vingtenaires. Et tant pis si je ne suis pas belle : j’ai bien l’intention de "rayonner" ce que je peux jusqu’à un âge avancé. Autant de perdu pour ceux qui ne le verront pas.

Qu’est-ce, hier ?

Que celle à qui cela n’est jamais arrivé me jette le premier steak surgelé : parfois, des petites courses se transforment en grandes.

C’est toujours pareil, à force de ne pas avoir envie de faire des expéditions de ravitaillement à l’hypermarché (même si ça reviendrait quand même moins cher).

"Tiens, au fait, je n’ai plus de jus d’orange. Je vais faire un crochet au supermarché. J’en ai pour une minute, voire deux. J’attrape mon carton de Sanguinello et hop, à la caisse. Enfin, peut-être aussi un petit paquet de yaourts. Allez, trois minutes maxi…. pour le reste, on fera de grosses courses une autre fois….. …Ah tiens, ils font du gaspaccio en cartons, maintenant? Tiens, je vais essayer, ça ne me chargera pas beaucoup plus. Et puis je n’ai plus beaucoup de yaourts. Et quelques fruits, ça changera un peu…Oh ! Bien sûr ! La lessive, j’allais oublier la lessive ! Je n’en ai presque plus. Et tant qu’on y est…" Et ça continue comme ça jusqu’à ce que mon panier soit plein à ras bord. L’en cas s’est transformé en crise de boulimie, le petit crochet improvisé en une randonnée.

Je débarque donc à la caisse sans grand sac à courses, ni petit chariot pliable (j’en ai un qui ne fait pas trop "mémère"). Je compte sur la généreuse provision de sacs plastiques entassés aux pieds de la caissière pour ramener mes emplettes chez moi. Tant pis, le réchauffement de la planète sera un peu ma faute.

Et je vous donne en mille ce que fait invariablement la caissière, face à un amoncellement d’achats digne d’un régiment en vadrouille, évoquant vaguement un Himalaya posé sur son tapis roulant, ou le garde-manger d’un régiment ?

Elle dit mécaniquement "bonjour".

Elle prend l’air bovin et commence à passer les premiers articles devant son lecteur. Bip. Bip.

Moi (le plus aimablement possible) : "Il va me falloir des sacs, je crois".

Elle regarde ailleurs.

Et elle pousse au bout de sa caisse…… UN sac plastique, contenance standard.

Radine !!

Il est très rapidement plein.

Moi (légèrement agacée, mais toujours aimable) : "Il va m’en falloir d’autres, s’il vous plaît".

Sans un mot, l’oeil devenu quasi végétal, la créature émet UN autre sac.

C’est en général à la troisième tentative qu’elle consent à m’en passer plusieurs à la fois. Il faut dire que d’autre clients attendent derrière moi et qu’à force d’attendre son bon vouloir, mes achats encombrent un peu le bout de sa caisse. Alors peut-être qu’elle se dit que si elle continue à m’en donner au compte-gouttes, elle va être obligée de rester après l’heure.

Vous avez remarqué ? Jamais, ou presque, une caissière ne se risquerait à vous aider à remplir vos sacs, même si elle en a le temps. Une fois enregistrées, vos courses deviennent votre propriété privée, et elle aurait l’impression d’empiéter sur votre intimité, votre vie privée, votre jardin secret. Pas touche.

Elle insistera pour que vous payiez le plus rapidement possible ("votcoddsivouplaît"). Parfois, elle patientera, l’air de pas remarquer que vous avez du mal à ouvrir ces saletés de sacs dont les bords se collent l’un contre l’autre. Parfois, elle se bornera à commencer à faire passer les articles du client suivant, et tant pis s’ils se mélangent avec les vôtres pendant que vous luttez pour fourrer vos moyens de paiement dans votre sac pour avoir les mains libres.

Oui, parfois il y a un séparateur en bois qui permet, en pivotant d’un côté ou de l’autre de la caisse, de cantonner les affaires de deux personnes différentes dans deux coins différents de la tablette. Mais JAMAIS je n’ai vu une caissière l’utiliser.

 

Je sais, je sais, ce n’est pas très amusant comme boulot, et pas bien payé, en plus. Je sais bien, je l’ai fait, un peu.

Mais un petit effort, peut-être ?… .En échange, promis, la prochaine fois, j’essaierai de penser à mon sac à courses écolo.

Le captif

Moi (engageante) : "Il a l’air bien installé, il faut lui trouver un nom. Tu veux qu’on l’appelle comment ? Lui (embêté) :Heuu… je ne sais pas si c’est un garçon ou une fille. Moi (embêtée) : Et bien vois-tu, c’est les deux. Il a à la fois un zizi et une poche à bébés. Lui (intrigué) : Et pourquoi il n’a pas de fesses? Moi (avec évidence) : Parce qu’il n’a pas de jambes. Lui (doctement) : Je déciiide que c’est unnnn… [suspense]… garçon ! Je veux qu’il s’appelle Tim !

Sale bête. Je ne lui souhaite pas une longue vie. Voilà ce que c’est que de confier ses enfants deux heures à leurs grands-parents. Ils leur offrent des animaux de compagnie. Berk.

Enfin bon, ça n’est pas tout à fait vrai. En fait, c’est Raphaël qui a trouvé Tim dans le jardin. Mamie et moi avons suggéré, avec un enthousiasme un peu suspect, que Tim soit remis en liberté sur le chemin du retour, là où ou trouverait un peu d’herbe. Oui mais voilà, Raphaël n’était manifestement pas désireux de se séparer si vite de son tas de mucus trésor.

Ca vit combien de temps, un escargot en captivité? Ca doit être un peu déprimant d’être sous cellophane (avec des petits trous pour respirer! Que les âmes sensibles se rassurent!) avec une feuille de salade pour seule compagnie.

Enfin, d’un certain côté, Tim a été sauvé. Il a un peu de temps à vivre, au lieu d’être écrasé sans l’ombre d’un scrupule par une botte en caoutchouc désireuse que les fleurs du jardin restent intègres.

Je crois avoir trouvé la faille pour ne pas garder trop longtemps ce baveux pensionnaire. J’ai demandé à Raphaël si il voulait emmener Tim chez Lex, ce qu’il a accepté avec enthousiasme.

Je suis ignoble.

Code de la Route urbain

Est-ce que c’est dans toutes les grandes villes ? On dirait que par chez nous, les automobilistes (surtout ceux qui ont des grosses voitures : BM, Mercédès, 4×4…) ont passé un code de la route aménagé, avec des questions de ce genre…:

  •  Vous approchez d’un feu lumineux qui vient de passer au rouge. Que faites-vous ?

1) je m’arrête et je repars lorsque le feu repasse au vert 2) j’accélère, on a le droit de passer si on est le deuxième ou le troisième après le passage du feu au rouge. 3) je passe, s’il n’y a presque personne ou si j’ai une plus grosse voiture.

  • Vous approchez un passage piéton où une dame enceinte est en train de passer en poussant une poussette :

1) je m’arrête, la dame a priorité à partir du moment où elle a posé un orteil sur le passage piéton 2) je m’arrête en maugréant, en freinant à la dernière minute à 50 cm du passage piéton : il faudrait pas que les piétons se croient tout permis non plus. 3) je passe quand même en m’arrangeant pour lui faire peur et la faire dégager le passage plus vite. La rue, c’est pour les voitures.

  • Vous voulez vous arrêter quelque part et vous n’avez pas de place où vous garer :

1) je vais me garer un peu plus loin, 2) je me gare sur le trottoir, devant une porte cochère ou sur une place réservée aux handicapés, 3) je m’arrête au milieu de la route en allumant mes feux de détresse.

  • Dans un croisement sans signalisation particulière, celui qui a priorité est :

1) celui qui vient de droite, 2) celui qui arrive le plus vite, 3) celui qui a la plus grosse voiture.

  • Une voiture s’arrête complètement à un stop :

1) elle a raison, c’est la loi 2) il suffit de ralentir 3) il faut klaxonner si on est derrière

  • Vous êtes pris dans un embouteillage :

1) je patiente, d’ailleurs j’ai prévu un peu d’avance sur mon temps de trajet en prévision du risque 2) je fais gronder mon moteur 3) il convient de klaxonner à tue-tête. Cela défoule et cela a la vertu magique de faire avancer les voitures.

  • Vous roulez derrière un vélo :

1) je ralentis pour vérifier que la voie est libre, je mets mon clignotant et je le double en maintenant une distance de sécurité de 1m entre moi et le cycliste 2) je klaxonne 3) je le dépasse en passant au ras de son guidon et en me faufilant entre les voitures.

  • Les limites de vitesse sont valables :

1) tout le temps, 2) uniquement en journée 3) uniquement à l’approche d’un radar (on peut réaccélérer après).

Si vous avez répondu 3) partout, vous êtes mûrs pour conduire en ville.

(Certains lecteurs reconnaîtront ce texte, mais il m’a paru d’actualité)

Votez pour moi…

Exclusif ! Voilà un scoop de choc, une info surprenante, un tournant où l’on ne m’attendait pas.

Je suis une future élue. Enfin, bon, au moins une future candidate. C’est presque sûr.

A peine arrivée chez eux, ils ont dû sentir en moi, instantanément, l’étoffe de la leadeuse, de la lobbieuse potentielle, de la créature au charisme puissant qui allait enfin pouvoir les représenter correctement. Toujours est-il que moins d’une heure après être arrivée parmi eux, ils m’ont quasiment suppliée d’être candidate pour les représenter aux prochaines élections. Enfin, heu, à peu près, quoi. Une demi-heure plus tard, une autre personne, certainement subjuguée par mon magnétisme personnel, me demandait si c’était bien moi la tête de liste.

Tout a commencé innocemment.

Je me suis juste invitée à leur Assemblée Générale, un peu parce que j’ai vu de la lumière (enfin… une affichette), un peu (mais alors très peu) par désoeuvrement, et surtout pour connaître un peu mieux comment que ça se passe, la vie de ma collectivité, et pis pour voir du monde. En plus, ça me faisait une sortie. Quand je vous dis que je mène une vie de dingue.

L’accueil a été immédiat et excellent. On m’a parlé de la cause, de la tâche à effectuer, des intérêts supérieurs qui nous guidaient, du manque tragique de vocations. Du fardeau si léger que représente, en définitive, l’aide que l’on me demande. Comment résister à l’appel du devoir?

Voilà ce que c’est, les syndicats de parents d’élève, quand ils repèrent une comme moi. Les parents de maternelle, paraît-ils, ne sont pas sensibilisés au fait que la petite section, c’est déjà le début de la scolarité, c’est déjà important, il faut déjà se mobiliser. Donc, quand ils en repèrent une, ils ne la laissent pas filer comme ça. J’ai donc de bonnes chances d’être candidate aux prochaines élections pour le Conseil d’Ecole.

Est-ce que ça veut dire que je vais me mettre à représenter aussi ceux qui veulent que leur enfant saute trois classes à deux ans et demi, qui paniquent si ils ne voient pas toutes les semaines progresser le "cahier d’acquisition des compétences" (une vaste blague destinée à rassurer les parents, à ce qu’il paraît), qui voudraient que leur enfant apprenne dès la moyenne section l’anglais, l’allemand et le chinois ? Peut-être. Pas trop, j’espère. Si j’en juge par ce que j’ai pu entendre, les actions menées restent raisonnables, basiques. Dans l’intérêt des petits. J’adhère.

Peut-être même que je vais finir par apprendre quelques trucs par ci-par là. L’ouvrir, par exemple. Il serait temps.

Parisienne d’un jour

"La différence entre toi et moi, c’est que je suis devant toi". (inscription vue à l’arrière d’un T-shirt).

Comment parler de l’ambiance de "La Parisienne" ?

parcours_600C’est une course, donc. Pas longue : 6,5 km. Féminine. Mais ouverte à toutes. Aux solitaires, aux équipes d’entreprise (dont le T-shirt donnait parfois l’impression qu’elles étaient là essentiellement pour porter le logo de leur entreprise. Moyennement fun mais bon…), aux mères, aux grand-mères, aux très rapides, aux pas pressées, aux marcheuses. Aux copines en équipes, arborant des T shirt imprimés spécialement pour elles ("les copines de Cergy" "Le centre éducatif de X", et mon préféré, "Les Méchaaaaantes"), des oreilles de chat ou encore des tutus blanc. Une course un peu girly, donc, pour les jeunes et les vieilles.

Oui, c’est une compétition, mais agrémentée d’un côté amateur et aussi, surtout, mâtinée d’un immense côté publicitaire. Cela a ses inconvénients, certes, mais ses avantages aussi (un côté festif indéniable, plein de sponsors sympas qui ont payé une fortune pour veiller au confort des athlètes à leur arrivée, de la musique partout, des animations….).

Justement, très commercial, très populaire. 13000 participantes. Ce n’est pas une course, c’est une foule en mouvement. Et l’organisation de la course n’est pas des plus efficaces, loin de là. C’est même un scandale au vu du tarif d’inscription.

La ligne de départ n’est qu’une immense file d’attente. Des milliers de femmes entassées, piétinant quasiment, tandis que les premières ont déjà commencé leur course -voire l’achèvent pour les plus rapides?-. Les dernières prennent le départ dix, sinon quinze minutes après les premières. Heureusement, le temps mis par chaque participante n’est décompté qu’à partir du moment où elle franchit la ligne de départ, grâce à une puce que l’on s’accroche au pied.

Un départ laborieux, la frustration de ne pas pouvoir courir à son rythme avant le cinquième ou sixième kilomètre. Les zigzags pour essayer de se faufiler entre des beaucoup plus lentes. La piste souvent trop étroite. Les copines qui courent de front -pourquoi pas en se tenant la main!-. Bref, on étouffe plus que l’on ne court. Avec tous ces méandres et crochets que j’ai pris pour me frayer un chemin, je pense que j’ai dû faire un total de 9 ou 10 km… Cette impression de faire la queue en permanence s’accentue à l’arrivée. D’abord, une fois votre parcours effectué, vous vous trouvez coincées entre deux hautes barrières métalliques, guidées vers une sorte d’entonnoir où l’on va vous faire patienter, successivement, pour vous ôter votre puce, pour vous offrir de l’eau, une couronne de fleurs synthétiques, une médaille (qui vous donne l’impression de faire partie du casting du Schtroumpfissime), une banane, de l’eau, des tracts publicitaires, une rose, une barre de céréales… en attendant, vous piétinez, encore plus qu’au départ. Vous êtes au ralenti, voire immobilisées, alors que vous venez de fournir un certain effort. Très mauvais pour l’organisme, ça. Oui, certaines ont fait des malaises dans cette étable organisée.

En fait, le moyen le plus sûr de se sortir de là avant tout le monde était peut-être non pas de jouer des coudes, comme beaucoup l’ont fait, mais de simuler un malaise. Et encore, à condition que les secours aient eu la place d’intervenir rapidement, ce qui est loin d’être certain…

Et pourtant, je suis contente.

Quel public, tout d’abord ! Merci à tous ceux qui ont la patience d’encourager cet énorme peloton, de répéter au fur et à mesure du déroulement de ce ruban humain anonyme (sauf pour les "vas-y Unetelle, vas-y Maman"), de ce flot interminable d’inconnues, des mots comme "bravo, les filles, continuez, bravo,  ouaiiis, c’est bien,  il ne reste plus que 1 km, que 500m, la ligne d’arrivée est juste derrière le tournant, là...". Ca paraît idiot, mais c’est réellement encourageant.

Et puis, je crois bien que j’ai réussi à tenir l’objectif de vitesse que je m’étais fixé. En apercevant de loin le panneau d’arrivée et le chronomètre géant qui le surplombe, j’ai compris que ce serait à quelques secondes près : plus que 25 secondes, et je suis encore loin. Plus que vingt secondes, mais je me rapproche. Je force mes jambes à continuer. Dix…. j’y suis presque. Cinq, quatre, trois,… ça y est, j’y suis, c’est gagné. Oui, c’est un peu le fruit du hasard, oui, elles sont des centaines et des centaines à avoir fait mieux, mais qu’importe. Au total ? Oui, c’était sympa. Mais je crois que la prochaine fois, j’essaierai autre chose.

"M’en fous, dimanche prochain, je dors!" (inscription vue au dos d’un autre T shirt, de la même équipe que le précédent, m’a t’il semblé).

Compète

A l’heure où vous lirez ces lignes, je serai peut-être en train de prendre mon envol avec plus de 13 000 autres femmes. Enfin, il faudrait que vous soyez quand même drôlement assidus parce que la Parisienne, ce n’est pas très long comme course, donc au moment où vous lirez la fin de cette phrase, il se peut que j’en aie déjà terminé avec les 6 petits kilomètres (et des brouettes). Tenez, pour vous donner un exemple, je courrai aux côtés de Letesle (enfin, j’essaierai de courir pas trop loin derrière elle, parce qu’à la course, celle-là, c’est sûrement une tueuse), et pour elle, tout devrait être terminé depuis belle lurette dès 10h45. Moi, on verra. Donc, si vous arrivez sur cette page après, disons, 11h, vous arrivez complètement après la bataille et il est beaucoup trop tard pour venir m’encourager pour la toute première compétition sportive de ma vie. Pour les plus rapides, un indice : je porte un dossard au numéro pair. Je compte sur vous.

Communication gestuelle piétonne

Ralphy racontait hier une mésaventure piétonne : il semble que les automobilistes rennais soient de nature extrêmement impatiente, pas très au courant du Code de la Route (on peut passer à un feu rouge) et pas très désireux de laisser traverser un piéton.

En écho à la "communication gestuelle concise" du conducteur saluée par Ralphy ("D’un geste, il lâche le volant, me faisant comprendre que c’était bon, qu’il n’allait pas me renverser, que je pouvais passer, qu’il avait compris que j’avais la priorité, traversant au feu vert sur un passage piéton très nettement balisé, qu’il ne comprenait pas que je le regarde avec un air d’incompréhension et de stupeur, et que j’avais intérêt à me dépêcher, parce que manifestement, il était pressé."), j’aimerais évoquer le pouvoir du langage gestuel du piéton. Cela fonctionne aussi pour les vélos. C’est même leur seul moyen d’arriver quelque part, il y a des stages pour ça.

Dans les deux cas, on peut avoir plein de droits sur le papier (vous savez, le gros bouquin qu’on étudie pour passer un examen devant des diapositives quand on veut apprendre à conduire, là, le Machintruc de la route), mais les automobilistes citadins ont tendance à privilégier plus simple : la loi du plus fort.

C’est là que le piéton ou le cycliste, tout en restant prudent (car il y a des vrais chauffards, ivre morts, psychopathes, toxicos, chauffeurs de taxi ou de bus), doit savoir déceler le bluff de l’automobiliste et y répondre à son tour, en ne se laissant pas toujours impressionner.

"Oui, je m’engage sur le passage piéton alors que ta voiture est en train d’approcher. Je sais que tu vas ralentir, car premièrement, j’ai priorité, deuxièmement si tu ne le fais pas, tu vas me renverser. Si tu me renverses, 1) tu vas perdre beaucoup plus de temps qu’en t’arrêtant pour me laisser passer, et 2) tu risques même d’abîmer ta voiture, ce serait dommage. Une voiture si chère. En plus, 3) je te raconte pas le malus sur ta police d’assurance et les points en moins sur ton permis si tu te fais choper. Et puis, 4) si tu vas en prison, ça risque de mettre en jeu le bon cours de ta carrière. Donc, je passe, c’est mon droit. Je n’accélère pas le pas, ça t’apprendra à essayer de m’impressionner comme ça". Voilà ce qu’il faut réussir à communiquer d’une attitude et parfois, d’un regard.

Ca ne marche pas toujours. Mais on gagne pas mal de temps comme ça.

Les automobilistes citadins, faut les dresser.

Allaitement au long cours, le pourquoi (niveau 3 : le « pourquoi pas »)

Lorsqu’on est sur le point de terminer son deuxième allaitement long, on a déjà eu à causer à d’innombrables personnes pleines de bonnes intentions et décidées à vous expliquer plus ou moins diplomatiquement que vous avez tort et que vous devriez arrêter.

Le fait est que si à peu près tout le monde est prêt à reconnaître les bienfaits du lait maternel pour un tout petit bébé (l’OMS conseille un allaitement maternel exclusif pendant 6 mois!) et pour sa mère, l’enfant, lorsqu’il devient plus grand, a sans doute un besoin moins marqué de continuer à être allaité.

Evidemment, un allaitement long, c’est très rare en France. Les gens n’ont pas l’habitude de voir une personne de plus de six mois qui tète encore, alors ça leur fait un drôle d’effet. Un peu comme de voir un adolescent dans un couffin.

Comme ils n’ont pas l’habitude, ça va leur paraître, comme ça, à vue de nez, choquant et donc mauvais.

Les gens qui n’ont pas l’habitude vont s’imaginer des tas de choses complètement fausses pour essayer de justifier cette impression, comme quoi c’est choquant et mauvais. CQFD.

Par exemple, ils vont décréter :

  • que votre bébé va avoir plus de mal à s’arrêter (alors que c’est le contraire : mettez vous à la place de l’enfant :  il est beaucoup plus facile de cesser quelque chose dont on n’a plus vraiment besoin),
  • que votre bébé sera plus accroché à vous, plus dépendant, n’apprendra jamais l’autonomie : là aussi, je pense qu’au contraire, cela peut favoriser l’installation de cette "sécurité de base" qui fait que l’enfant va pouvoir évoluer plus facilement par lui-même par la suite. Archifaux à mon avis, donc.
  • que cela vous fatigue,
  • que cela vous empêche de donner autre chose à manger à votre bébé, que vous retardez d’autant la diversification (vous en connaissez beaucoup, des mères qui donnent du lait de suite à leur enfant sans rien leur donner d’autre?? Et bien pour le lait maternel, c’est pareil.).
  • que cela vous empêche de reprendre votre rôle de femme/épouse et d’avoir une sexualité de femme (No comment. Mon expérience personnelle est que ça n’a rien à voir).

Les mêmes personnes ne seraient pas choquées de voir un enfant du même âge qui boit du lait au biberon ou à qui l’un de ses parents fait un câlin. Parce que c’est plus courant.

Au final, au delà d’environ un an d’allaitement, parfois moins, vous entrez directement sous le feu de proches (gynéco, famille, collègues, amies) qui raisonnent à coups de préjugés et d’idées toutes faites et vous conseillent d’arrêter, avec évidemment les meilleures intentions du monde, mais sans tenir compte du fait que vous aussi, vous avez sérieusement réfléchi à la question et tiré vos propres conclusions.

Evidemment, vous n’arriverez jamais à les convaincre. Tant pis. Tout ce que vous pouvez essayer de faire, c’est vous faire discrète pour ne pas les choquer.

Ce n’est pas une quelconque obligation morale qui m’a fait continuer l’allaitement aussi longtemps. Ni même le fait évident que mes enfants appréciaient les tétées et les réclamaient eux-mêmes.

Simplement la circonstance toute bête, toute simple, que cela ne nuit à personne et que cela a bien plus d’avantages que d’inconvénients. Lorsque j’ai commencé à allaiter, j’espèrais arriver au bout des six mois d’allaitement exclusif recommandé par l’OMS, et je rêvais de continuer à allaiter jusqu’à ce que l’enfant arrête de lui-même OU que je me lasse. Oui, car d’après ce que j’ai entendu, un enfant allaité et non sevré s’arrête de lui-même, entre 3 et 5 ans environ. Bref, on est plutôt dans le domaine de quelque chose d’agréable et non plus indispensable. Dans le domaine du "pourquoi pas?" plutôt que dans le "parce que".

Le point du "pourquoi" étant à peu près éclairci, reste à donner une idée du "comment" (à suivre, une prochaine fois, s’il me reste quelques lecteurs).

Allaitement au long cours, le pourquoi (niveau 2 : les raisons égoïstes)

Pour expliquer le pourquoi de l’allaitement long, j’ai commencé à mettre en avant le plus évident : les bienfaits pour le bébé.

Mais il y a aussi des bienfaits pour les mamans.

  • Déjà, d’un point de vue purement physique, le fait d’allaiter les premières semaines provoque des contractions utérines qui aident l’utérus à reprendre sa taille normale.
  • Ca coûte nettement moins cher,
  • Ca donne nettement moins de boulot : rien à stériliser, rien à chauffer à bonne température, rien à nettoyer, pas de barda de biberons à emporter quand on sort… Lorsque l’enfant boit la nuit, on peut même aussi se permettre une petite somnolence pour récupérer un peu (alors que cette petite facétie serait très dangereuse avec un biberon).
  • Ca aide à perdre les kilos de grossesse en douceur et sans aucun effort. Enfin, apparemment, ça varie d’une femme à l’autre, mais moi j’ai fondu tout en mangeant toutes les pâtisseries que je voulais. Epoque bénie.
  • Comme le bébé est moins souvent malade, on a moins de soucis de garde.
  • Ca apporte de merveilleux moments de calme. Je ne compte pas le nombre de fois où au lieu de me coltiner un bébé braillard, malade, fatigué, aux dents naissantes etc, etc…. j’avais à portée de main, pour ainsi dire, un remède quasi-miraculeux pour l’apaiser. Je ne compte plus le nombre de fois où mes enfants, malades comme des bêtes, ne buvaient ni ne mangeaient rien, hormis le lait maternel. C’est toujours rassurant de savoir qu’ils ont quand même "quelque chose dans le ventre"
  • En plus, on est plus sereine : le simple fait d’allaiter diffuse dans notre corps de précieuses bouffées de prolactine, très apaisante.
  • Il semble qu’il y ait un effet préventif contre l’hypertension et le cholestérol, pour la mère. Plus une diminution du risque de cancer du sein et des ovaires.
  • Cerise sur le gâteau (si j’ose dire) : lorsque vous changez votre bébé, ses selles sentent bon. Enfin, du moins, bien moins mauvais que le caca normal.

Evidemment qu’il y a des contraintes, notamment le fait qu’on ne peut pas confier son enfant très longtemps (ou alors il faut avoir un tire-lait et une organisation en béton). Evidemment qu’au début, c’est dur, assez douloureux même au tout début. Mais pour moi, pour tous ces avantages, le jeu en valait la chandelle.

Voilà pour les raisons égoïstes, donc.

Attention, il y a un niveau 3 dans mes "pourquoi"…. A votre avis, où est-ce que je veux en venir ?